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Se lancer dans la lecture d'un livre au seul feeling de son titre, faire confiance au bruit qu'il fait dans le monde littéraire, en se contentant volontairement de savoir vaguement de quoi ça parle... j'aime beaucoup ça. Certains romans ne comportent pas de quatrième de couverture; il faut alors faire confiance à notre ressenti par rapport au titre, à la photo de couverture, ou si on a aimé les précédents ouvrages de l'auteur. Bien sûr il y a une part de risque dans cette lecture à l'aveugle, mais c'est aussi ça qui en fait tout le sel et souvent, je me suis rendue compte après ma lecture que si j'en avais su plus au départ, je n'aurais sûrement pas lu le roman.

C'est exactement ce qui s'est passé avec LA PETITE BARBARE. J'ai vu passer articles sur articles à propos de ce roman, le titre m'a beaucoup intriguée, et je savais seulement que cela parlait d'une jeune fille au parcours chaotique, passée par la prison, et qui tente de se sortir du schéma dans lequel la vie l'a enfermée, avec force et courage. 

Je l'ai détestée. Et il n'y a pas de faute d'accord dans ma phrase, parce que ce n'est pas le roman mais bien cette petite barbare elle-même que j'ai détestée. Ce que je ne savais pas, et qui m'aurait à coup sûr éloignée de ce livre si je l'avais su, c'est que cette petite barbare est en fait celle du gang des barbares, cette jeune fille qui a servi d'appât pour kidnapper, torturer et tuer Ilan HALIMI, en tout cas un dérivé de celle-ci puisque l'oeuvre d'Astrid MANFREDI est bien une fiction, inspirée de ce drame.

Tout au long du roman, j'ai eu une envie viscérale de la frapper, cette petite barbare, j'ai serré les dents, agacée qu'elle ne se cherche même pas d'excuse puisqu'elle estime n'avoir rien à se reprocher, qu'elle se cache derrière son enfance difficile et l'absence de mère pour justifier ce qu'elle est devenue et ce à quoi elle s'est livrée. A aucun moment il n'y a de remise en question; à l'en croire c'est la vie qui ne lui a pas laissé d'autres choix que ceux-là, mais qu'au moins elle reconnaisse combien ils ont été mauvais, ces choix!

Ce livre m'a permis de me rendre compte combien les personnages -au-délà de l'histoire- sont importants et intimement liés à l'impression que nous laisse une lecture. Parce que l'auteur n'a pas réussi ne serait-ce qu'à me faire compatir à sa petite barbare, je ne peux pas réellement dire que j'ai aimé ce livre; Astrid MANFREDI avait pourtant espéré dans la dédicace qu'elle m'a faite que son personnage touche mon coeur, mais ça n'a pas marché. En revanche son livre a touché ma tête et objectivement, si je laisse de côté la véritable aversion qu'il a provoquée chez moi pour l'"héroïne", je reconnais que l'écriture traduit très bien l'urgence de vivre du personnage, sa volonté farouche d'échapper à ce à quoi la vie l'a prédestinée, et son envie de goûter aux plaisirs simples de la vie.

Il m'arrive assez rarement de ne pas du tout aimer un roman. Le pire qu'il puisse m'arriver est de le refermer en me disant "tout ça pour ça, aucun intérêt". Assurément, ce n'est pas le cas de LA PETITE BARBARE. Qu'il vous inspire compassion, admiration ou aversion, il ne vous laissera pas indifférent, et c'est parfois ça aussi, la force d'un roman.

 

ANNE-CE

LA PETITE BARBARE d'Astrid MANFREDI, paru aux Editions BELFOND en août 2015