Tuer-le-fils

 

J’ai eu la chance de rencontrer  Benoît SEVERAC à BLOODY FLEURY, le salon du polar de Fleury-sur -Orne qui a lieu en février tous les ans et dont j’apprécie à chaque fois le panel des écrivains invités.

Et puis, François BUSNEL a fait l’éloge de son dernier roman TUER LE FILS dans sa P’TITE LIBRAIRIE. Il n’en fallait pas plus pour tenter la découverte…si ce n’est du temps que j’ai eu à revendre pendant ce confinement !

 

Quatrième de couverture de l'éditeur :

Matthieu Fabas a tué parce qu'il voulait prouver qu'il était un homme. Un meurtre inutile, juste pour que son père arrête de le traiter comme un moins que rien. Verdict, quinze ans de prison. Le lendemain de sa libération, c'est le père de Matthieu qui est assassiné et le coupable semble tout désigné. Mais pourquoi Matthieu sacrifierait-il une nouvelle fois sa vie ? Pour l'inspecteur Cérisol chargé de l'enquête et pour ses hommes, cela ne colle pas. Reste à plonger dans l'histoire de ces deux hommes, père et fils, pour comprendre leur terrible relation. 

 

Le roman de Benoît SEVERAC  est un roman policier certes mais c’est surtout un roman noir d’une rare intensité psychologique qui ne sombre pas dans la facilité d’une intrigue simpliste. Difficile de ne pas se prendre au jeu des  différentes pistes qui jalonnent le récit du meurtre de Patrick FABAS  bien que le coupable soit tout désigné.

Et c’est là, un des gros points forts du roman : tout accable le fils mais  le lecteur, au fil des pages,  hésite, tergiverse et tente de se persuader que non, le fils n’a pas pu tuer le père compte tenu de sa désignation évidente. Le doute s’installe mais ne profite pas vraiment à Matthieu et c’est avec fébrilité que j’ai tourné les pages de ce polar sombre et haletant.

 

A travers les personnages qu’il met en scène, Benoît SEVERAC dissèque les rapports père/fils en explorant la relation des FABAS mais aussi en mêlant la vie personnelle des inspecteurs à son enquête. Il questionne le désir de paternité inassouvi avec CERISOL, les tracas de père avec son acolyte portugais Nicodemo mais aussi avec GROSPIERRE, le petit jeune surdiplômé qui s’apprête à  pouponner.

Les personnages secondaires ne sont donc pas là pour faire de la figuration, vous l’aurez compris,  mais bien pour enrichir le propos de l’auteur et  lui permettre d’aborder des thématiques qui lui sont chères.

Ainsi le personnage de Sylvia, épouse de CERISOL, n’es pas anodin, elle surmonte formidablement son handicap et s’épanouie dans sa vie professionnelle tout comme dans sa vie amoureuse. Cette figure féminine est une personnalité forte de ce récit, le pilier sur lequel se repose CERISOL, grand et robuste gaillard aux penchants sucrés (il adore les confitures, cela a son importance !).

Enfin, l’auteur s’est largement inspiré de son expérience personnelle dans le milieu carcéral pour introduire un atelier d’écriture au sein de la prison où Matthieu purge sa peine et auquel  celui-ci assiste .Il a puisé dans son vécu un des éléments clés de son intrigue et à travers le journal du jeune homme, le lecteur découvre au même rythme que l’enquêteur CERISOL  son enfance, ses relations nocives avec son paternel et la maltraitance dont il a été victime et qui l’ont conduit à commettre l’irréparable.

 

Benoît SEVERAC  s’ingénie à brouiller les pistes grâce à une construction brillante et complexe qui m’a captivée de bout en bout. Il saupoudre son récit de dialogues savoureux et évoque des problématiques fortes  tout en présentant des personnages fascinants et attachants.

 

A mon avis, ce roman a tous les ingrédients pour vous plaire …Moi, il m’a tenue en haleine et ravie ! 

 

MYMY

 

TUER LE FILS de Benoît SEVERAC aux éditions LA MANUFACTURE DE LIVRES paru en février 2020.