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Curieuse de lire la plume de Marc TREVIDIC dont j'apprécie les interventions intelligentes et justes dans les médias, je me suis réjouie à la réception de son premier roman via les 68 PREMIERES FOIS.

Ce premier opus recèle, certes, quelques défauts dûs à la jeunesse littéraire de l'auteur mais il s'agit là d'une histoire très actuelle qui trouve écho dans notre monde perturbé et qui décrit avec amour la religion islamique mais aussi ses dérives totalitaires.

Au début des années 2000, Paul, peintre français à la réputation mondiale, décide par dépit amoureux de s'isoler du tumulte qui l'entoure et s'installe sur une archipel paradisiaque de TUNISIE. Paul coule des jours heureux et commence à retrouver goût à sa passion. Il se lie d'amitié avec Farhat, pêcheur sympathique et jovial. Celui-ci perd prématurément sa femme et doit assurer avec l'aide de sa mère l'éducation de ses deux jeunes enfants Issam et Ahlam. Paul, très proche de la famille, prend les enfants sous son aile et leur inculque son amour pour les arts et spécialement ceux de la musique et de la peinture. Les deux enfants se révèlent de vrais artistes aux dons précoces et inégalés. Paul décide de réaliser avec leur concours l'oeuvre magistrale de sa vie d'artiste. Mais c'est sans compter sur l'obscurantisme religieux larvé au sein d'une partie de la société tunisienne. Au cours de ses dix années passées en terre tunisienne, Paul n'a pas réalisé les mutations opérées et il va subir de plein fouet la folie meurtrière et fanatique d'une frange de religieux aveuglés par leurs croyances...

A la lecture de ce premier roman, on découvre d'emblée que Marc TREVIDIC ne s'est pas contenté de juger pendant son passage au pôle anti-terroriste, il a aussi un goût prononcé pour la culture musulmane, s'est informé et s'est imprégné des us et coutumes de l'Islam. Au travers de son histoire transparaissent son attachement et son respect pour cette religion et ses préceptes. Marc TREVIDIC explique donc au fil des pages, avec expérience et amour, la métamorphose de cette société paisible et ouverte que Paul, son héros, découvre et apprécie au début de son séjour sur l'archipel des KERKENNAH. Paul semble avoir trouvé son paradis qui va se révéler un enfer au fil du temps avec la montée de l'intégrisme et des fanatismes religieux.

L'art tient également une part importante dans ce récit ponctué de références à la musique, à la peinture et à la poésie. C'est également par lui que le malheur arrive et que les personnages se heurtent à leurs convictions et à leurs croyances. Marc TREVIDIC réussit à nous expliquer par le menu les changements qu'opère l'embrigadement de certains en nous faisant partager le quotidien d'une petite communauté qui à l'origine était à l'abri de tout fanatisme. C'est d'autant plus édifiant et malheureusement actuel de voir progressivement les personnages évoluer vers un obscurantisme tragique alors qu'auparavant ils faisaient partie d'un microcosme d'intellectuels éclairés sensibles à la beauté artistique. Les personnages de Paul et de son ami Farhat sont la clé de voûte d'une harmonie religieuse et ethnique qui se partage et se vit sans heurts. Ils sont à eux deux la démonstration d'une vie faîte de respect et d'intégration multiculturelle.

Dans ce roman, j'ai aimé le cheminement et l'évolution lente des personnages, la sincérité de l'auteur pour évoquer les sentiments de chacun et la simplicité avec laquelle des sujets brûlants sont abordés. Par contre, j'avoue avoir été peu sensible aux divagations artistiques de l'auteur, je dois manquer de références.

Marc TREVIDIC, grâce à ce premier ouvrage romancé, parvient à transmettre son amour de la culture musulmane et nous explique également les dérives criminelles vers lesquelles certains jeunes croyants se laissent emporter. Il est évident que son expérience professionnelle a nourri son récit, ce qui le rend encore plus criant de vérité; ses personnages sont justes et même si la romance de Paul et Ahlam peut nuir au message de l'auteur, il n'en reste pas moins que cette histoire est très ancrée dans l'actualité et démontre la force d'impact que peuvent avoir certaines organisations terroristes.

Une découverte livresque qui laisse présager un bel avenir de romancier à Marc TREVIDIC, lui qui a reçu il y a quelques jours le PRIX DE LA MAISON DE LA PRESSE 2016 pour cette première incursion dans la fiction.

 

MYMY

AHLAM de Marc TREVIDIC, paru aux Editions JEAN CLAUDE LATTES en janvier 2016