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LA NUIT COMMENCERA est un petit livre très fort, très poignant, très intense.

Il raconte cette mère qui sort d'un procès d'assises et qui vient d'entendre son fils de 23 ans se faire condamner à 13 ans de prison. Il décrit son épuisement tant physique que psychique, résultat de tous les sentiments qui se sont disputés en elle depuis le début de l'affaire.

L'incrédulité face à l'acte de violence de son fils, puis l'incompréhension, puis la culpabilité. L'isolement, les regards des voisins, de sa patronne, des clientes du magasin où elle est vendeuse, la honte qu'ils provoquent.

Et le procès, pendant plusieurs jours, la solennité de l'audience, ses codes étranges, et enfin le couperet de la condamnation. 

D'abord ressasser ces jours d'audience, ce qu'il aurait fallu dire, ce qu'il aurait fallu taire, ce qu'on n'a pas bien fait. Cette impuissance à faire son devoir de mère et à défendre son fils.

Ensuite, devoir rester seule avec sa souffrance. Faire un décompte, déjà un jour après le verdict, pour espérer que peu à peu elle s'apaise. Et en attendant, être ravagée de douleur au point de se dire qu'on aurait préféré son fils mort que meurtrier, et s'en vouloir de l'avoir pensé.

Et enfin se révolter. Lancer un "pourquoi?" plein de rage en regardant la photo de son fils enfant et toutes les promesses d'avenir que le cliché contenait. Laisser la colère, la frustration et l'injustice prendre la place, pour ne plus pleurer et être anéantie, puiser de la force dans sa colère. Cette force qui lui donne le courage (la folie?) d'aller arracher un entretien avec le Juge d'instruction, parce qu'il est essentiel de lui dire  que les fils sont innocents, que ce sont les mères les coupables, comme elle l'a entendu au procès. Dire que si elle avait fait différemment, si elle avait offert une autre vie à son enfant, que c'est à cause de ce qu'elle n'a pas pu ou su lui donner... Vouloir prendre sa part du crime, et si c'était possible la place de son fils en prison.

Thierry ILLOUZ décrit formidablement les états d'âme de cette mère. Et pour cause puisqu'il est lui-même avocat, et qu'il a dû en cotoyer plusieurs, de ces familles sur qui s'abat subitement le drame et dont les membres viennent se succéder à la barre de la Cour d'assises.

Je ne résiste pas à l'envie de recopier ici les sentiments de la mère lorsqu'elle entend la plaidoirie de l'avocat de son fils, si bel hommage à cette profession : "Il poursuit et ce qu'il dit la remue, la bouleverse, il lui semble qu'elle attendait depuis des années qu'on parle comme cela d'elle, de lui, de leur vie. Ce n'est pas aujourd'hui; c'est trop tard aujourd'hui; il aurait fallu qu'un avocat parle pour eux avant tout cela, avant le crime (...). "

J'ai été très sensible au désespoir farouche de cette mère, formidablement livré par l'auteur.

 

ANNE-CE

LA NUIT COMMENCERA de Thierry ILLOUZ, paru aux Editions BUCHET CHASTEL en septembre 2014