Le-voleur-d-amour

 

Certains vous diront que de toute façon je suis incapable d'être objective sur le sujet "Richard MALKA"... Il est vrai qu'avant même d'être séduite par l'auteur avec l'excellent TYRANNIE, j'ai été fan de l'homme, du défenseur de la laïcité et des libertés, de ses mots toujours si justes et courageux. Et puis j'ai constaté qu'il écrivait aussi bien qu'il parlait.

 

Quatrième de couverture de l'éditeur 

Depuis son manoir de HARLEM, Adrian von Gott écrit à la seule femme qu'il ait jamais aimée, deux siècles et demi auparavant, à Venise.

Il raconte sa vie de collectionneur d'art, son errance romantique, ses débauches, ses crimes et surtout son étrange pouvoir. Mais aussi Constantinople où il se réfugia, la Révolution française, les fureurs du XXème siècle et cette malédiction singulière qui le suit à jamais.

Il n'écrit pas, comme Shéhérazade, pour survivre à l'aube, mais pour y mourir : son seul espoir de ne pas tuer celle qu'il vient de retrouver.

 

Le pari était quand même risqué avec son nouveau roman : ça donnerait quoi si Richard MALKA se mettait à nous parler d'amour?

Ca donne un conte ensorcelant sur un amour impossible car maudit, un hymne au sacrifice de soi pour sauver l'autre, une fable teintée de surnaturelle, une balade romantique à travers l'Histoire.

Nous sommes dans les années 2000, Adrian et Anna viennent de se rencontrer, et pourtant ils vont devoir se séparer.

Adrian en dévoile les raisons à Anna dans une longue lettre qu'il a l'intention de laisser derrière lui, et le roman est construit sur cet échange en miroir entre les amoureux car Anna, de son côté, tient un journal intime à laquelle elle confie ses sentiments pour Adrian.

Dans LE VOLEUR D'AMOUR, Adrian va avouer à Anna comment, en trouvant l'amour - il y de cela plus de deux cent ans - il a découvert la vie mais s'est damné pour l'éternité. Car pour vivre, Adrian doit se nourrir d'amour, s'abreuver à la bouche des autres et aspirer en eux tout l'amour qu'ils contiennent. Une malédiction qui l'afflige et l'oblige à se faire assassin puisqu'en prenant tout l'amour que ses victimes ont en elle, il laisse des coquilles vides qui meurent ou perdent la raison, puisque sans amour, point de vie.

La raison de cette malédiction? Un court-circuit chimique, une étincelle entre les parents d'Adrian la nuit de sa conception, l'auteur nous alertant au passage sur le fait que rien de bon ne peut arriver lorsqu'on dénie sa nature.

Le récit d'Adrian est l'occasion de faire traverser au lecteur le temps et l'espace, de sa Venise de naissance à sa fuite à Constantinople, de la révolution française aux deux guerres mondiales.

La narration du héros est aussi propice à la découverte de l'amour sous toutes ses formes et sous toutes ses saveurs : à la faveur des hommes et des femmes qu'il déleste, Adrian goûte l'amour de soi "aigre et râpeux", celui de son enfant "sucré, abandant avec une pointe d'amertume car il s'éloignera, s'échappera, sera ingrat" ou encore celui des amants, épicé.

Le roman de Richard MALKA est surtout la fuite éperdue d'un homme à la recherche d'un amour, celui, originel, que ses parents lui ont refusé enfant, le conduisant à prendre de force ce qui aurait dû lui être donné, faisant de lui un VOLEUR D'AMOUR. 

Mais Adrian pour autant n'accédera qu'à l'amour des autres sans parvenir à trouver le sien, sauf à sacrifier celle qui en serait l'objet.

Le dilemne infernal dans lequel la vie a enfermé Adrian, son impuissance, sa souffrance et sa sincérité lorsqu'il se livre à Anna sont intenses et je vous mets au défi de ne pas compatir pour ce voleur qui tue pour vivre.

LE VOLEUR D'AMOUR est une magnifique histoire, qui nous transporte et nous évade dans un imaginaire fascinant, complexe et mystérieux, évidemment sublimée par la poésie fantastique, l'écriture si juste et nuancée de Richard MALKA.

C'est aussi une réflexion intelligente et subtile sur l'humanité, la souffrance et les failles.

En toute objectivité bien sûr! 

ANNE-CE

 

LE VOLEUR D'AMOUR de Richard MALKA, paru aux Editions GRASSET le 3 février 2021