Disparaitre

 

Il fallait que je découvre Mathieu MENEGAUX... Je dis bien "fallait" car mes lectrices de la bibliothèque et ma cousine de lectures m'ont enjoint de m'exécuter. Je me suis pliée à leur injonction et comme ma cousine ANNE-CE n'a pas voulu rester sur le bord de la route, nous avons fait une cousinade !

 

Quatrième de couverture de l'éditeur :

Une jeune femme met fin à ses jours à Paris, dans le XVIII° arrondissement.

Un homme est retrouvé noyé sur une plage, à Saint-Jean Cap Ferrat, sans que personne soit en mesure de l’identifier  : le séjour en mer l’a défiguré, et l’extrémité de chacun de ses doigts a été brûlée.
Quel lien unit ces deux affaires  ? Qui a pris tant de soin à préserver l’anonymat du noyé, et pour quelles raisons  ? Qu’est-ce qui peut pousser un homme ou une femme à vouloir disparaître  ?

 

L'avis de MYMY

Donc DISPARAITRE est une première découverte de la plume et de l'univers de Mathieu MENEGAUX pour moi.

Dés les premières pages, le ton est donné, la tragédie est sous nos yeux et Mathieu MENEGAUX va s’ingénier au fil des pages à dérouler les faits qui ont conduit cette jeune fille à se défenestrer.

Evidemment, derrière l’explication de ce drame c’est tout un enchaînement d’évènements qui se déroule et que l’auteur nous distille avec parcimonie et intelligence si bien que ce roman est impossible à lâcher !

La tension est crescendo, la narration laisse planer le doute et c’est avec angoisse et frénésie que j’ai tourné les pages de ce roman.

Mathieu MENEGAUX décortique les sentiments, les émotions de ces protagonistes, personne n’est immaculé ni totalement noir dans cette histoire, chacun a sa part d’ombre et de responsabilité et c’est là tout l’intérêt du récit. A chacun de faire sa propre analyse de la tragédie en cours et de refermer ce roman un peu décontenancé par la fin. En effet, pour ma part, elle m’a laissée perplexe dans un premier temps c’est vrai, pour finalement me sembler juste et proportionnée compte tenu du contexte, de la sensibilité du héros  et des enjeux dramatiques de l’histoire…

En revanche, j’ai été totalement conquise par l’analyse sociétale de l‘auteur, son propos sur les rapports hommes/femmes ainsi que le regard qu’il porte sur le monde professionnel de la finance.

Comme vous l’aurez compris, c’est une première rencontre réussie entre moi et Mathieu MENEGAUX et ce ne sera donc pas la dernière, c’est certain !

 

L'avis d'ANNE-CE :

Je soupçonne Mathieu MENEGAUX d'être un chat... une vie n'est pas possible pour maîtriser à ce point de si nombreux sujets.

L'auteur m'avait déjà totalement bluffée avec EST-CE AINSI QUE LES HOMMES JUGENT? et je retrouve dans DISPARAITRE une justesse, une pertinence des analyses qui rendent le propos très percutant.

Lorsque Mathieu MENEGAUX, au travers de l'histoire d'Esther, évoque l'exploitation des juniors dans les grosses boîtes, c'est la vie d'une de mes copines qui je vois défiler sous mes yeux (heureusement, ça c'était avant). Elle lèverait sûrement les yeux au ciel en disant que j'exagère, et pourtant le moindre détail est exact et criant de vérité. Les salariés transformés en numéros, déshumanisés, réduits à des outils de productivité... sauf si la défaillance de l'un devait nuire à la réputation de la société. La course à la montée des échelons, et la pression - la pressurisation! - constante qui exclut tout droit à l'erreur. Les nuits passées au bureau, la connexion 24/24, les copains qui râlent parce que vous ne venez plus aux soirées (j'en faisais partie!). 

Lorsqu'il décrit le cynisme du maire de SAINT JEAN CAP FERRAT pour qui le cadavre est une mauvaise pub pour ses plages, l'autoritarisme et les menaces de la Procureure sur le flic un peu trop persévérant, j'ai un petit sourire en coin, je vois très bien les choses.

Mathieu MENEGAUX est un fin observateur de notre société et tombe toujours juste. Les piques sont savamment distillées. Pour autant l'analyse n'exclut pas le rythme et le suspense dans ce roman dont on ne fait qu'une bouchée.

Bon, après, il faut quand même qu'on parle de la fin. Clairement, un peu trop mélo à mon goût, ou alors c'est mon côté féministe qui s'hérisse. J'y ai moyennement cru et difficile d'en dire plus sans spoiler.

Mais quand même, et c'est là qu'on voit que Mathieu MENEGAUX est fort, cette fin m'a fait réfléchir, mais pas forcément sur la notion et la volonté de disparition.

Ce qui m'a peut-être le plus plu, mais je m'en suis rendue compte qu'après, ce sont finalement les deux messages qu'envoie Mathieu MENEGAUX.

Le premier sur la futilité des choses auxquelles certains attachent pourtant tant d'importance, futilité dont on ne prend conscience que lorsque d'un jour à l'autre tout s'écroule. Que représente finalement le poste de prestige d'Etienne SORBIER comparé à cette enfant qu'il n'a pas vu grandir et qui aurait voulu un père et pas seulement cette aisance financière dont il la couvre et qui l'aide à se déculpabiliser ?

Le second sur les apparences, qui peuvent être trompeuses, puisque finalement, quoi qu'on pense de la fin, elle est ouverte (comme la fenêtre, ah ah ah) et laisse des questions en suspens, et surtout la possibilité qu'on a vu du drame là où il n'y en a peut-être jamais eu... Lisez pour comprendre!

 

DISPARAITRE de Mathieu MENEGAUX, paru aux Editions GRASSET le 8 janvier 2020