J-ai-cru-qu-ils-enlevaient-toute-trace-de-toi

 

Très difficile pour moi de vous parler du premier roman de Yoan SMADJA. Bouleversant et tragique ce livre restera, c’est certain, une lecture marquante pour moi.

Et pourtant, il faut que je trouve les bons mots pour évoquer ce magnifique récit empli d’humanité tout autant que de folies meurtrières.

Nous sommes au printemps 1994.

Journaliste renommée d’un grand quotidien français, Sacha  aime passionnément son métier et se rend régulièrement sur tous les fronts, esquivant tous les dangers.

Toujours en partance, elle est envoyée à LE CAP en AFRIQUE DU SUD pour couvrir les premières élections présidentielles  depuis la libération de MANDELA. Arrivée sur place, son  flair de journaliste la conduit avec son photographe au RWANDA, pays voisin, où les évènements tragiques vont se précipiter et les haines ethniques exacerbées se révéler génocidaires.

Au milieu de cette guerre fratricide, Rose, jeune femme Tutsi, écrit des lettres à son époux, médecin, dont elle est sans nouvelle. Muette, c’est le seul moyen qu’elle a pour raconter ses peurs, ses stratégies de fuite en plein chaos, son amour pour son fils et son mari.

Au cœur de l’innommable et terrible campagne d’extermination à laquelle se livrent les Hutus, le destin de ces deux femmes vont s’entrecroiser sans jamais se rejoindre.

Ces deux voix féminines différentes vont tenter de fuir le danger, de protéger leurs proches et de sauver le peu d’humanité qu’il leur reste.

Autant le dire tout de suite, ce roman a été pour moi un véritable choc émotionnel.

J’ai été complètement captivée par la première partie du récit qui plante le décor, précise l’enchainement des évènements politiques et définit l’intrigue.

Puis au fil des pages, j’ai tenté de garder la tête hors de l’eau alors que des vagues déferlantes me coupaient le souffle  tellement les histoires de ces deux femmes, l’innocence des victimes et l’abandon total de la population rwandaise m’ont broyé le cœur …

Le grand talent de Yoan SMADJA est de proposer un roman totalement maîtrisé, parfaitement juste, terriblement émouvant et impeccablement documenté. Il nous offre un récit dans lequel le souffle romanesque rencontre la tragédie de l’Histoire et permet au lecteur de mieux comprendre le drame qui s’est joué en 1994 dans ce superbe pays aux mille collines.

Les voix de Sacha et de Rose nous dévoilent page après page l’horreur et  l’ampleur du génocide perpétré au RWANDA.

 Le style journalistique de Sacha est très visuel et factuel. J’ai ressenti beaucoup de tension dans les chapitres au cours desquels elle décrit la situation, les scènes de chaos et de barbarie dont elle est spectatrice, les tentatives de fuite et de sauvetage avec plus ou moins de réussite auxquelles elle prend part.

En revanche, les lettres de Rose au style plus lyrique et sentimental m’ont étreint le cœur tellement elles étaient évocatrices d’un paradis perdu, d’une passion amoureuse si belle et si pure et reflétaient si admirablement l’amour d’une mère pour son petit garçon et sa hargne pour le protéger.

Indubitablement, J'AI CRU QU'ILS ENLEVAIENT TOUTE TRACE DE TOI est un roman marquant, qui ne peut laisser indifférent et résonnera longtemps chez le lecteur qui aura la curiosité et la force de se plonger dans ses pages. A travers la lecture de ce livre, nous sommes confrontés à notre propre humanité car les pires atrocités côtoient l’altruisme le plus sincère.

Avec ce premier roman, Yoan SMADJA réalise avec brio un coup de maître et s’impose déjà comme un romancier talentueux.

Je suis étonnée (et même attristée) que la critique ne se soit pas emparée de ce récit si brillant pour en faire l’éloge et le mettre en avant lors de sa sortie.

Heureusement que certaines lectrices avisées ont su guider mes choix de lecture et me permettre de lire ce roman si poignant.

MYMY

J'AI CRU QU'ILS ENLEVAIENT TOUTE TRACE DE TOI de Yoan SMADJA paru aux éditions BELFOND en avril 2019.