Ceux-que-je-suis

 

A la faveur d’un week-end pluvieux, je me suis plongée dans ce joli livre d’Olivier DORCHAMPS, sans rien en attendre et sans avoir entendu ni lu tout le bien que certains en pensait.

C’est donc vierge de toute empreinte médiatique ou autre que j’ai commencé ma lecture… sans pouvoir l’arrêter.

Parce qu’Olivier DORCHAMPS a écrit un magnifique livre sur le deuil, le déracinement, les secrets de famille et l’immigration, il faut absolument que je vous en parle….

Fin d’été en région parisienne, Marwan ,29 ans prof d’histoire-géo en banlieue, revient de vacances au Portugal et apprend que sa petite amie depuis 4 ans a décidé de le larguer. Alors quand sa mère , un soir, lui téléphone pour l’informer que son père se sent mal,que lui qui ne se plaint jamais, a une douleur au thorax ,Marwan n’est pas très réceptif et raccroche en rassurant sa mère d’un «  ça ira mieux demain après une bonne nuit de sommeil , papa travaille trop ». Car oui, Tarek, son père est garagiste et a toujours travaillé comme un forcené pour offrir le meilleur à ses 3 fils, à sa femme, pour envoyer de l’argent à sa famille restée au pays, au MAROC.

Sauf qu’après une bonne nuit de sommeil, Tarek ne se réveille pas, foudroyé par un arrêt cardiaque. Effondré, Marwan culpabilise, ses frères aussi, notamment Ali,son jumeau, à qui sa mère a aussi téléphoné la veille au soir. La mère, Khadija, est dévastée, elle est perdue sans son pilier, que va-t-elle devenir ? Mais heureusement, Tarek avait déjà tout prévu pour ses funérailles, il voulait se faire inhumer au pays, terre de ces ancêtres et a souscrit une assurance obsèques.

Les garçons ne comprennent pas, s’énervent, ils sont français, le MAROC c’est loin, ils n’y vont jamais, leur vie est en FRANCE et leurs parents les ont toujours incités à s’intégrer, à devenir de bons petits français, à réussir....et ils ont réussi ! Pourquoi vouloir se faire enterrer au MAROC ?

Malgré l’agacement et l’incompréhension, Marwan accompagnera le cercueil de son père en avion selon ses dernières volontés et les autres membres de la famille traverseront le SUD de l’EUROPE en voiture pour rejoindre CASABLANCA.

Marwan, qui subit ce voyage, va vite comprendre que ce retour aux sources est aussi pour lui une manière de redécouvrir ce père tutélaire et aimant, cet homme dont il ne sait finalement rien ou seulement ce qu’il a bien voulu dire à ses fils. Ce jeune homme va apprendre à mieux se connaître à travers la tragédie qui le frappe et comprendre l’attachement de ses parents pour leur terre natale.

 

Olivier DORCHAMPS distille subtilement le récit de la vie de Tarek, ce père adoré, figure charismatique qui a su transmettre à ses fils les valeurs qui lui étaient chers : le travail, le respect, la tradition et l’amour. Tarek a tout fait pour que ses fils deviennent de bons français au risque de renier leurs origines. Evidemment, la nouvelle des obsèques marocaines déstabilise la fratrie et obligent Foued , Ali et Marwan à se questionner  sur  leur attachement au MAROC et a tenté de comprendre la volonté de leur père.

A travers l’histoire de ses trois frères, Olivier DORCHAMPS interroge et tente de comprendre cet écartèlement entre deux cultures, deux continents, il met en évidence les problèmes d’intégration tout en ne cédant pas à la facilité. Rien n’est écrit, rien n’est tout noir ni tout blanc. Marwan va apprendre qui était vraiment son père, va s’approprier son histoire familiale à travers les paroles de sa grand-mère pour mieux appréhender son futur et tenter de trouver sa place entre la FRANCE qui l’a vu naître et le MAROC qui est la patrie de ses aïeuls.

CEUX QUE JE SUIS est un très beau premier roman qui m’a touchée par son intensité et sa vérité. . Sa trame dramatique gagne en profondeur au fil des pages tout en restant juste et délicate. Le style fluide et authentique de l'auteur m'a beaucoup plu.

A travers ce beau récit, Olivier DORCHAMPS rend hommage avec sensibilité à la famille, à ses valeurs, il construit des ponts entre la FRANCE et le MAROC pour nous parler avec finesse et pertinence d’exil, de recherche d’identité, d’intégration et de transmission au-delà des frontières.

Une vraie belle découverte que je vous conseille vivement !

 

MYMY

CEUX QUE JE SUIS de Olivier DORCHAMPS aux éditions FINITUDE paru en août 2019.