Les-Dieux-de-Howl-Mountain

 

Je redoutais un peu de me plonger dans ce roman noir arrosé de bourbon, empestant la fumée d’échappement des grosses cylindrées américaines, je me méfiais de l’excès de testostérone qui risquait de suinter du récit de Taylor BROWN.

Doutes vite balayés par le talent de ce jeune auteur à la plume aiguisée qui nous décrit magnifiquement une montagne hurlante du fin fond de la Caroline du Nord où rien n’est jamais tout à fait blanc ni tout à fait noir !

1952. De retour de la guerre de Corée, Rory est un jeune vétéran qui traîne son mal-être et sa jambe de bois sur la terrasse de la vieille bicoque de sa grand-mère, Ma, qui l’a élevé. Son handicap ne le gêne nullement pour faire vrombir le moteur trafiqué de sa Ford et appuyer à fond sur l’accélérateur.

Connaissant chaque virage et détour du territoire, au volant de son bolide, il déjoue la surveillance de la police pour convoyer l’alcool plus ou moins frelaté d’Eustace, le vieux caïd qui détient le monopole du trafic dans la région. Accompagné de Ma, il rend régulièrement visite à sa mère, placée dans un hôpital psychiatrique car elle est perturbée et est devenue mutique à la suite d’une agression survenue juste avant sa naissance . Rattrapé par son histoire et malgré les rivalités de gangs, l’ancien militaire tente de rester droit dans ses bottes mais il remue un peu trop la boue dans laquelle les habitants de ce territoire se complaisent. A trop vouloir faire justice et connaître la vérité, Rory risque de se brûler les ailes…

C’était pourtant une gageure mais Taylor BROWN a réussi le tour de force de me faire aimer un roman dans lequel la mécanique, les courses poursuites et les grosses bagnoles tiennent une place prégnante. Il a accompli ce petit miracle littéraire parce qu’il a su dépeindre magnifiquement une nature sauvage et parfois hostile, parce que ses personnages cabossés et amputés sont excessivement attachants, hauts en couleurs et enfin parce que rien n’est lisse ni convenu au cœur de ce bout de terre.

La grand-mère Ma, son passé de prostituée, son caractère, ses croyances, ses étranges décoctions, son arbre aux esprits m’ont conquise et son amour pour son petit-fils au milieu de toute cette violence m’a touchée. Ma est aux antipodes de l’image de la mamie bienveillante et tendre, elle est rock’n’roll et inoubliable. Rory avec ses fêlures, ses blessures physiques et morales, sa loyauté et sa soif de vérité traverse le roman avec droiture et sincérité et tout comme lui on aspire à connaître les coupables et le mystère qui entoure la terrible agression de sa mère à l’origine de son traumatisme. Les personnages secondaires sont quant à eux truculents et singuliers entre le pasteur dresseur de serpents venimeux ou le jeune ami aux tablettes de chocolat qui  trafique les moteurs mais lorgne sur Ma avec un désir coupable.

Si le récit de Taylor BROWN démarre au ralenti, le rythme s’accélère rapidement et c’est sur les chapeaux de roue que l’on suit le héros dans sa quête de vérité pour dénouer les fils du drame familial.

L’auteur maîtrise parfaitement  son intrigue à laquelle il associe une description lucide de la société américaine de l’époque avec ses laissés-pour-compte et ses héros anonymes.

Il y a du Ron RASH et du Chris OFFUTT chez ce jeune Taylor BROWN et pas seulement parce qu’il niche son histoire au cœur des Appalaches. Vous imaginez bien que ce n’est pas pour me déplaire… bien au contraire !

Donc si vous avez encore quelques doutes comme moi avant d’ouvrir LES DIEUX DE HOWL MOUNTAIN, allez-y les yeux fermés… enfin surveillez quand même un peu vos arrières, on ne sait jamais !

 

Mymy

LES DIEUX DE HOWL MOUNTAIN de Taylor BROWN paru dans la collection TERRES D'AMERIQUE chez ALBIN MICHEL en mai 2019.