Le-collectionneur

 

Bon, évidemment, rien qu'à la couverture, on sait tout de suite qu'avec LE COLLECTIONNEUR, on ne parle pas de philatélie.

Quelque part à LONDRES, il y a un homme en apparence tout ce qu'il y a de plus normal. Un homme qui s'est donné pour but de rendre hommage à son père et à son grand-père en protégeant et en enrichissant la collection qu'ils se sont transmise de génération en génération. Celle de ces squelettes humains frappés par la maladie, dont les os présentent des malformations rares fascinantes pour ce collectionneur. Et il y a justement à LONDRES un petit garçon, Jakey, en train de s'enfermer lentement dans un second squelette qui s'érige peu à peu autour de lui à cause de la maladie de l'homme de pierre. Le collectionneur le voit déjà trôner en pièce maîtresse parmi ses autres vitrines.

LE COLLECTIONNEUR est le premier roman de Fiona CUMMINS, et pour un premier roman, c'est vraiment très bon.

L'horreur fonctionne, dès le départ. L'horreur de cette maladie de l'homme de pierre dont le petit Jakey est atteint; celle de son quotidien où le moindre choc, la moindre blessure - banale pour un enfant - peut devenir mortelle pour Jakey, et l'empêche de faire comme tous les petits garçons de son âge, l'excluant de fait. L'horreur de cette collection morbide qu'a choisie un homme insoupçonnable, la délectation, la fierté qu'il tire de ce qui n'est que source de souffrance pour ces familles.

L'angoisse est aussi au rendez-vous, et c'est ce grâce (ou à cause, c'est selon) de l'opposition très franche que crée l'auteur entre deux mondes. D'un côté l'innocence, la fragilité des enfants malades, la culpabilité, le désarroi et l'impuissance à les protéger de leurs parents, de l'autre le cynisme, la froide détermination du collectionneur dans les attitudes duquel toute humanité, toute émotion a disparu. 

Le lecteur voit l'ombre du collectionneur se rapprocher inexorablement de Jakey comme un courant d'air glacé et trépigne lui-même de ne pas pouvoir intervenir.

Oui, LE COLLECTIONNEUR est un très bon thriller. 

Pour être excellent, il n'aurait pas fallu cette fin qui semble avoir été écrite uniquement pour permettre une suite, et que l'auteur assume jusqu'au bout l'horreur promise par son sujet, tant dans l'histoire que dans son personnage. En effet, passée la première impression de frisson et de dégoût liée à la nature de sa collection, ce collectionneur s'avère un peu fade, sa fin un peu trop facile. Oui, ce roman aurait pu être bien plus effrayant encore! 

Merci aux Editions SLATKINE & Cie pour leur confiance.

ANNE-CE 

 

LE COLLECTIONNEUR de Fiona CUMMINS, paru aux Editions SLATKINE & Cie le 18 octobre 2018