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Il y a des livres qui vous emportent dès les premières pages, que vous ne pouvez plus lâcher de peur d’abandonner vos personnages; c’est ce qui c’est passé pour moi avec LE PARADIS BLANC de Kristin HANNAH. J’avais déjà beaucoup aimé son premier roman LE CHANT DU ROSSIGNOL, là j’ai adoré ce nouvel opus.

Au milieu des années 70, Leni, toute jeune adolescente, part avec ses parents vivre en ALASKA. Son père, Ernt, vétéran du VIETNAM, n’est plus que l’ombre de lui-même. Devenu colérique et violent, il terrifie sa fille et sa femme qui lui voue un amour sans borne. Toute la famille espère que ce énième déménagement sera enfin synonyme de nouveau départ, permettra à chacun de se retrouver et d’apaiser les tensions. L’espoir de voir Ernt se reconstruire est vite balayé par les difficultés de l’installation dans une vieille masure et l’hostilité de la nature. Bientôt le premier hiver arrive et la famille tente de vivre ou plutôt survivre malgré la rudesse du climat et les tracas financiers. Venir dans cet état perdu aux confins du pays n’était peut-être pas la solution pour sauver ce qu’il restait de la famille ALLBRIGHT…

Contrairement à son titre, ce nouveau roman de Kristin HANNAH est loin des images paradisiaques et idylliques que peut éveiller chez le lecteur l’évocation des grandes étendues neigeuses, de la nature vierge de toutes actions humaines. Il s’agirait plutôt d’une invitation à vivre l’enfer dans des paysages certes magnifiques mais hostiles et qui aiguisent le côté obscur des hommes et surtout celui de Ernt. Ernt qui va faire vivre un enfer à sa famille. Revenu perturbé de sa mobilisation au VIETNAM, il ne se contrôle plus et violente sa femme, les longs mois d’hiver et le peu de luminosité agissent sur sa personnalité comme un accélérateur de particules et aggravent son état. Leni et sa mère Cora tentent de faire profil bas pour éviter toute crise et vivent dans la peur et l’angoisse.

Heureusement, au cœur de ce bout du monde, la fraternité des habitants, l’entraide viennent apaiser les douleurs et les peines. La truculente Large MARCH et la famille décomposée WALKER sont les plus proches voisins des ALLBRIGHT et ils viennent toujours à la rescousse avec bienveillance mais aussi défiance vis-à-vis de Ernt dont ils soupçonnent les démons. Leni, qui n’a jamais réussi à se lier d’amitié, découvre grâce à Matthew, le fils WALKER, ce qu’avoir un ami signifie. Elle partage avec Matthew son banc d’école du petit village mais aussi ses lectures, ses secrets et ses doutes. Les deux gamins deviennent inséparables au grand dam de Ernt qui ne supporte pas et exècre le père, Tom WALKER.

 

ALASKA

Au milieu de ces habitants reculés, la famille HARLAN fait figure d’excentrique avec à sa tête, Mad Earl, le paternel charismatique. Avec des relents de survivalisme, le patriarche tente de prévenir la fin du monde et entraîne ses proches dans cette démence. Ernt qui partage la vision du vieux fou lors de nombreuses beuveries rejette toutes nouveautés et tout modernisme au sein de cette communauté, il s’enferme dans son monde et devient de plus en plus taciturne jusqu’à commettre l’irréparable.

Dans cette ambiance délétère, Leni nous raconte son quotidien, nous fait partager ses angoisses, ses révoltes et ses bonheurs. Elle entretient une relation fusionnelle avec sa mère qu’elle tente vainement de protéger mais dont elle ne comprend pas l’obstination à vouloir rester sous le joug d’un mari et d’un père violent. Leni s’émerveille de la nature qui l’entoure, prend finalement plaisir aux besognes journalières et s’habitue au manque de confort du petit chalet, elle devient une vraie alaskienne, aime sa nouvelle vie surtout lorsqu’elle est aux côtés de Matthew. J’ai totalement adhéré au personnage de Leni que j’ai trouvé touchante et authentique, j’ai aimé qu’elle me narre son histoire, ses journées, ses amours, qu’elle me fasse ressentir ses tourments (au risque d’être tourmentée moi-même !) et qu’elle me montre les beautés de l’ALASKA. Sa relation avec sa mère m’a émue et j’ai été à ses côtés dans les bons comme dans les très mauvais moments. Leni est une héroïne hors norme, marquante et bouleversante que j’ai eu des difficultés à laisser une fois la dernière page tournée.

J’aurais voulu être encore à ses côtés pour des jours meilleurs, connaître la suite de son destin malgré les presque déjà 600 pages du roman. C’est dire si j’ai aimé ! Ce livre aborde tellement de sujets intimes et graves qu’il ne peut laisser indifférent.

LE PARADIS BLANC c'est aussi une ode à l’ALASKA, terre sauvage à l’époque du livre qui connaîtra par la suite une modernisation rapide mais relativement modérée surtout vouée au tourisme dans ses plus grandes villes. Kristin HANNAH magnifie la nature, les paysages, la faune, la flore, le climat. La région est hostile mais tellement belle qu’on peut comprendre la volonté de certains de vouloir la garder pour eux, de ne pas voir arriver les foules touristiques. L’auteur pointe ici aussi les enjeux de l’urbanisation et ses dérives.

LE PARADIS BLANC est un roman qui hypnotise, envoûte. Pour le lire, on se pelotonne sous un plaid près du feu de cheminée et on part aux côtés de Leni en ALASKA, on veut rester auprès d’elle, surtout ne pas briser ce lien entre elle et nous, et on termine ce livre les larmes aux yeux mais empli d’espoir aussi.

MYMY

 

LE PARADIS BLANC de Kristin HANNAH aux éditions MICHEL LAFON paru le 4 ocotbre 2018.