Taxi-Curacao

 

 

Le nouveau roman de Stefan BRIJS se déroule sur une île caribéenne que l’on imagine paradisiaque, malheureusement la misère n’est pas plus belle au soleil et la pauvreté, la colonisation, le désespoir collent à la peau de Max et ses proches. Stefan BRIJS nous emmène aux ANTILLES au cœur d’une famille frappée par le destin et nous offre un roman exotique et tragique.

 

L'AVIS D'ANNE-CE

TAXI CURACAO relate la vie de trois générations d'hommes sur la petite île de CURACAO, de 1961 à 2001.

D'abord Roy TROMP; peu de place dans sa vie pour autre chose que sa voiture, sa Dodge Matador;  son outil de travail puisqu'il est taxi mais surtout son signe extrérieur de richesse - même si cette richesse ne se limite vraiment qu'à ça. Qu'à cela ne tienne si sa femme et son fils Max vivent dans une cabane délabrée et ont à peine de quoi se nourrir. L'essentiel est de paraître; paraître riche, paraître viril et faire croire qu'on a semé des enfants partout sur l'île, épater la galerie au volant de sa voiture rutilante et imposante. Roy est frustre, égoïste, cupide, irresponsable et très menteur. Mais Roy possède une voiture qui brille, et c'est déjà plus que la majorité des habitants de l'île.

Ensuite Max, son fils, que Frère Daniel, jeune instituteur, voit débarquer dans sa classe à l'âge de douze ans. Max, aux antipodes de son père haut aux couleurs, discret, timide, sensible, loyal, avec un vrai sens de la famille et des valeurs, généreux. Lorsqu'il émet le souhait de devenir instituteur et en démontre les capacités, Frère Daniel le prend sous son aile pour l'aider à se sortir de sa condition. Mais Max ne voit pas les choses de cet oeil; son fils sera évidemment taxi comme lui. Il faudra toute la ruse de Frère Daniel pour le convaincre de le laisser intégrer le collège...en l'assurant que ça pourra lui servir et ne lui coûtera presque rien, et en le laissant croire qu'une fois instruit Max prendra bien sa suite comme taxi. Mais c'était sans compter sur le mauvais tour du destin et Max est contraint de mettre ses rêves de côté pour les réalités concrètes de son quotidien : Roy ne peut plus travailler et quelqu'un dans cette famille doit ramener de quoi les nourrir; il prend donc à son tour le volant de la Dodge.

Enfin, Sonny, le fils de Max. Max veut être pour lui le contraire du père qu'a été Roy et veut pour son fils tout autre chose que ce que lui a eu. Sonny ne sera pas taxi, mais peut-être êut-il mieux valu.

Les sagas familiales peuvent se revéler passionnantes, mais pas celle-ci. Même si les personnages sont intéressants, fouillés et complexes, j'ai trouvé le récit assez plat, je me suis un peu ennuyée et même si la fin - cruelle - m'a réveillée en sursaut, ça ne suffit pas.

Ce roman possède toutefois d'indéniables qualités qui pourraient suffire à vous laisser y adhérer.

J'ai beaucoup aimé le personnage de Frère Daniel, émouvant de par son impuissance, malgré ses louables efforts, à endiguer l'inéluctabilité des destins de Max et Sonny, de par sa volonté constante de protéger cette famille et de l'aider.

J'ai aimé découvir l'île de CURACAO au travers de ce récit. Stefan BRIJS explique parfaitement l'histoire de cette île, la pauvreté qui la gangrène et les trafics qui s'y développent lorsqu'il est plus lucratif de tomber dans l'illégalité que de gagner honnêtement sa croute, même si c'est au péril de sa vie. J'ai fait un inévitable parallèle avec la GUYANE, pour ce que j'en sais.

Je dirais donc que cette lecture fut dépaysante et instructive, mais j'ai regretté sa monotonie et son message quelque peu déprimant, à savoir l'impossibilité d'échapper à sa condition.

 

L'AVIS DE MYMY

Avant de lire le roman de Stefan BRIJS, le Curaçao était pour moi une boisson alcoolisée d’un bleu turquoise rappelant les mers du sud, c’est dire la découverte qu’a été pour moi ce récit…

J’ai donc fait connaissance avec une île et son histoire, mais aussi avec une famille atypique et dysfonctionnelle dont le patriarche Roy, sous ses airs de bonhomie, entretient des relations toxiques avec ses proches. Ce personnage de Roy, charismatique et mythomane porte tout le roman, partageant seulement la vedette avec sa fameuse Dodge Matador. Ce modèle très particulier, puisqu'il n'a été produit qu'en 1959 et 1960, est l’automobile qui servira de gagne pain à toute la famille puisque Roy est chauffeur de taxi et que son fils devra abandonner son rêve de devenir instituteur pour reprendre le flambeau. Elle symbolise également toute la misère de la population de cette île caribéenne puisque malgré les accidents, les pannes, elle devra sans cesse être rafistolée pour permettre à la famille de survivre. Cette famille qui devra subir comme tous ses concitoyens la colonisation néerlandaise qui se veut bienveillante et qui sous couvert de cette bienveillance laisse la population dans la pauvreté, la détresse pour tirer profit des richesses de l’île.

Stefan BRIJS nous offre une fresque familiale dépaysante et émouvante avec des personnages tourmentés. Au fil des pages, le narrateur homodiégétique, en la personne de Frére Daniel, donne de la puissance au récit car, comme nous, il est spectateur de la tragédie qui se joue et qui conduit à une fin effroyable mais prévisible. TAXI CURACAO est donc un roman intense et poignant qui ne laisse pas indifférent.

 

TAXI CURACAO de Stefan BRIJS paru aux Editions Héloïse d'Ormesson le 23 août 2018