Rubiel-e-s-t-moi

 

Facebook est quand même le plus sûr moyen de croiser des gens à qui on n'adresserait jamais la parole dans la "vraie vie"... tous ceux qui, bien planqués derrière leur ordi et noyés dans la masse, nous abreuvent de leurs commentaires haineux, méprisants, homophobes, racistes... Mais au milieu de tous ces sombres crétins, vous pouvez aussi tomber sur des petits diamants qui étincellent; Vincent LAHOUZE est l'un d'entre eux et rien que pour sa rencontre, Facebook valait le coup. Je me suis mise à suivre ses écrits pertinents sur des sujets variés, je l'ai lu se raconter avec sincérité, et à chaque fois c'était émouvant, touchant, ça parlait au coeur. J'ai découvert son histoire, son adoption à quatre ans en COLOMBIE, et quand il a annoncé qu'il en avait fait un roman, j'étais assez certaine que ses pages déborderaient d'émotion.

RUBIEL E(S)T MOI est une autobiographie fictive et une fiction autobiographique.

Vincent LAHOUZE raconte comment il a été adopté par un couple de français alors qu'il avait quatre ans, dans un orphelinat à MEDELLIN en COLOMBIE, et s'appelait encore Rubiel. Comment il est devenu l'aîné d'une nouvelle famille, ses parents ayant par la suite adopté d'autres enfants, alors qu'il était déjà le benjamin d'une autre, ses aînés ayant été adoptés tous les deux par une autre famille, avant lui. 

Mais Vincent LAHOUZE a aussi imaginé et écrit ce qu'aurait été sa vie si ce n'était lui, mais son petit copain Federico, qui avait été emmené par ces parents français ce 9 septembre 1991. Son coeur brisé par ce départ et le rejet qu'il lui fait ressentir, lui qui n'a pas été choisi, sa fuite de l'orphelinat, sa vie de gamin des rues au sein des gangs d'enfants de MEDELLIN. Son combat pour survivre d'abord, et commencer à vivre ensuite.

RUBIEL E(S)T MOI est ainsi un livre écrit en miroir : d'un côté l'histoire de Rubiel resté Rubiel, de l'autre celle de Rubiel devenu Vincent... au moins sur le papier. 

Vincent LAHOUZE explique en effet dans son roman comment, tout au long de sa vie, il a couru après quelque chose sans même le savoir. 

L'histoire, de l'un comme de l'autre côté du miroir, est difficile mais belle. 

Pour Rubiel comme pour Vincent, les femmes occuperont une place très importante; l'amour des femmes mais aussi celui des livres les aideront à avancer dans la vie, et chacun d'eux aura la chance de trouver sur son chemin un adulte qui lui transmettra sa force, ses valeurs, une éducation.

L'histoire de Rubiel est l'occasion de nous plonger au coeur de la COLOMBIE, à une époque où plane sur elle l'ombre de Pablo ESCOBAR. Ces gamins des rues confrontés à la violence, à la drogue, qui doivent voler pour manger, constamment en danger, mais qui ensemble sont plus forts, se protègent les uns les autres et démontrent une solidarité exemplaire. Ces enfants recrutés par les narcotrafiquants pour devenir "de vrais tueurs à gages miniatures", contraints parfois de vendre leur corps tout autant que leur âme.

La vie de Rubiel amène à s'interroger sur le sort de ces enfants orphelins qui n'ont pas la chance d'être adoptés, mais celle de Vincent, qui lui a eu la chance de l'être, pose tout autant de questions.

Vincent LAHOUZE n'occulte rien des difficultés d'adaptation des enfants adoptés, cette quête des origines souvent incontournables, cette question si naturelle : "et si?", ou encore la peur d'avoir pris le moins bon chez ces parents que l'on n'a pas connus. Il décrit cette volonté farouche de se fondre parmi les autres, de gommer ce qui le rend différent et suscite les question, et cette impression tenace d'être un imposteur, d'occuper une place illégitime. Il ne cache pas la méchanceté de certains, ni sa propre fuite en avant à un moment de sa vie, jusqu'à ce qu'il trouve la clé de l'énigme, qu'il rassemble la dernière pièce du puzzle, celle dont l'absence le rendait bancal jusqu'à lui faire parfois perdre l'équilibre.

Vincent LAHOUZE m'est apparu comme une sorte de PETER PAN, courant après son ombre, après ce bout de lui laissé en COLOMBIE, quand on a décidé que Rubiel devait devenir Vincent.

Les mots de Vincent LAHOUZE, parce qu'ils sont sincères, parce qu'il se livre sans fard mais sans pathos, sans rien embellir, m'ont étreint le coeur tout au long de ma lecture. 

Sincère, son récit est aussi très poétique, très imagé : "Mademoiselle l'Ephémère" pour sa mère morte quelques mois après sa naissance, "La Merveilleuse" et "Le Repère" pour ses parents adoptifs...

RUBIEL E(S)T MOI est un roman important; la sensibilité extrême de son auteur s'envole de chaque page, délivrant ainsi un récit poignant, d'une sincérité évidente, qui m'a fait battre le coeur plus vite et plus fort.

Comme d'habitude, je lis le livre jusqu'au bout des remerciements. Et lorsque j'ai appris que c'est Amélie ANTOINE qui avait parlé de Vincent LAHOUZE à son éditeur, je me suis dit que oui bien sûr, la boucle était bouclée : ces deux sensibilités étaient faites pour se rencontrer et tout cela m'a paru finalement très évident. Merci Amélie ANTOINE pour avoir permis cela... après votre Edouard (lire QUAND ON N'A QUE L'HUMOUR), Rubiel et Vincent m'ont à leur tour bien chamboulée.

ANNE-CE 

 

RUBIEL E(S)T MOI de Vincent LAHOUZE, paru aux Editions ALBIN MICHEL le 30 août 2018