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MILLE PETITS RIENS de Jodi PICOULT fait partie des livres qui vous bousculent et vous questionnent. Une fois refermé, vous continuez à réfléchir aux messages qu’il délivre et au sujet qu’il aborde avec finesse et engagement.

Bref, MILLE PETITS RIENS ne laisse pas son lecteur indifférent. Pour ma part, j’aime cette littérature qui ne choisit pas la facilité et j’ai lu d’un trait le dernier roman de la romancière américaine. Je ne suis bien sûr pas sortie indemne de ma lecture. J’ai dû laisser Ruth et sa famille à son destin, j’ai poursuivi ma réflexion et je me suis documentée sur le mouvement suprémaciste tout en étant encore plus sensible à la condition des Noirs aux ETATS-UNIS. 

Ruth est la seule sage-femme de couleur de l’hôpital de NEW YORK. Elle officie depuis de nombreuses années et elle est respectée pour son professionnalisme. Dévouée à ses petits patients et leur famille, elle aime son métier et tire une grande fierté de sa profession.

Alors, le jour où un couple de suprémacistes blancs refuse qu’elle s’occupe de leur nouveau né, elle le prend comme un terrible affront d’autant plus injuste que sa hiérarchie ne la soutient pas face à ce racisme ouvertement déclaré.

Ruth, malgré la rancœur et l’incompréhension, continue à prodiguer ses soins dans le service. Malheureusement, le nourrisson des parents xénophobes décède en sa présence alors qu’elle était censée ne plus l’approcher.

Aussitôt, la haine et la douleur des parents endeuillés se cristallisent sur la personne de Ruth qu’ils  accusent d’être responsable de la mort de leur fils. Ruth se voit empêcher d’exercer son métier. Sans revenus, elle tente de surmonter cette épreuve et de protéger son fils qu’elle élève seule depuis la mort tragique de son mari militaire en AFGHANISTAN. Elle est accusée, traduite en justice et défendue par Kennedy, jeune avocate idéaliste qui va tout faire pour démontrer que Ruth est innocente et victime d’un fanatisme aveugle.

Dans ce roman engagé, Jodi PICOULT a l’intelligence de faire partager au lecteur les sentiments, les pensées, les réflexions de chaque personnage et elle détaille les enjeux de la tragédie à travers la situation de chacun.

Chaque chapitre est consacré à un des protagonistes de l’histoire si bien que les points de vue de Ruth, du père de l’enfant, Turk, et de Kennedy, l’avocate nous sont livrés sans filtre. Evidemment, dès les premières pages j’ai été happée par l’histoire de Ruth et complètement révoltée face aux accusations dont elle fait l’objet. Mais la construction du récit qui laisse la parole à chacun des acteurs a enrichi le propos de l’auteur, donné de la densité au récit et m’a incitée à revoir ma position bien tranchée dès le début de ma lecture. En effet, je me suis surprise à ressentir de la compassion et de l’empathie pour le couple de suprémacistes que forment Brittany et Turk , deux jeunes gens un peu paumés et embrigadés par un père et beau-père omniscient et charismatique. J’ai parfois perçu les réactions de Ruth, certes victime d’une véritable chasse aux sorcières, comme injustifiées voire démesurées vis-à-vis de Kennedy, son avocate.

Bref, mes certitudes ont souvent été ébranlées tout au long du roman et j’avoue avoir été bousculée jusqu’à la fin du récit.

Ce livre qui exhorte chacun d’entre nous à réfléchir, à se positionner vis-à-vis de certaines convictions et à se questionner sur le racisme évite tous les écueils du cliché ou de la caricature. Jodi PICOULT, qui a pris son temps pour écrire ce roman qui lui tenait à cœur, a véritablement réussi une belle performance en écrivant un livre subtile sur un sujet et une problématique souvent galvaudés.

A la fin du roman, je me suis sentie un peu groggy tel un boxeur, à l’image de Ruth qui doit surmonter toutes ces épreuves. Mais cette lecture parfois éprouvante a été un véritable coup de cœur et je vous recommande chaudement de vous y plonger !

MYMY

 

MILLE PETITS RIENS de Jodi PICOULT, paru aux éditions ACTES SUD en mars 2018