Hortense

 

Jacques EXPERT m'avait totalement bluffée avec DEUX GOUTTES D'EAU, le premier livre que j'ai lu de lui. C'est cette fois un avis en demi-teinte que m'a inspiré ma lecture d'HORTENSE.

Sophie ne parvient toujours pas à s'expliquer sa chance. Cet homme beau et qu'elle voit parfait, surgi dans sa vie, et dont elle est désormais enceinte. Mais lui ne souhaitait pas cet enfant et la quitte brutalement. Le monde de Sophie tournera désormais autour de sa fille Hortense... jusqu'à ce que son père resurgisse aux trois ans de l'enfant et l'enlève. Vingt-deux ans après, alors qu'elle n'est plus qu'une ombre, Sophie est persuadée de reconnaître Hortense en cette jeune fille qui l'a bousculée dans la rue, et décide d'entrer dans la vie de celle qui s'appelle maintenant Emmanuelle, jusqu'à ce qu'elle soit prête à entendre la vérité.

Peut-être que ces derniers temps, j'ai lu un peu trop de livres ayant pour sujet le lien mère/enfant et la disparition d'enfants, ou peut-être que c'est parce que cette histoire d'enfant enlevée et que sa mère croit reconnaître vingt-deux ans après dans la rue ne m'a pas paru très originale; en tout cas, la première moitié du livre ne m'a pas emballée.

D'une part, malgré l'horreur de ce dont elle est victime, cette enfant qu'on lui arrache, je n'ai pas du tout aimé le personnage de Sophie, cette mère exclusive, persuadée que sa fille n'a besoin que d'elle et qui semble davantage vouloir une poupée parfaite qu'une enfant.

D'autre part, j'ai trouvé l'histoire poussive, avec des répétitions qui alourdissent le récit, et une impression de tourner en rond.

C'est donc avec un certain étonnement que j'ai vu l'histoire s'emballer et devenir trépidante à partir du moment où Hortense entre dans le récit en qualité de narratrice. Il y a vraiment eu pour moi un avant/après; d'un seul coup, le rythme s'accélére, la tension grandit au fil des pages et les pistes se multiplient. L'embrouille fonctionne parfaitement : Sophie est-elle devenue folle? Si Emmanuelle est Hortense, comment se fait-il qu'elle croise le chemin de Sophie aussi facilement alors que ça fait vingt-deux ans que la mère recherche en vain sa fille? Toutes ces troublantes coïncidences en sont-elles vraiment? Emmanuelle est-elle aussi innocente qu'elle en a l'air? 

On sent qu'on s'approche de la fin, on en grignote des petits bouts au fur et à mesure de la lecture, avec les dépositions à la police de ces témoins du drame d'aujourd'hui qui en dévoilent toujours un peu plus. L'auteur nous laisse deviner que... sans qu'on puisse véritablement en être sûr. 

Alors effectivement, la fin est époustouflante et véritablement jetée à la face du lecteur. "Ah oui quand même...", voilà ce que ça m'a inspiré. On peut difficilement la voir venir, parce qu'elle s'inscrit vraiment dans la fluidité du récit. En cela, l'auteur a parfaitement réussi son coup. Le problème reste qu'une fois remis du choc, le lecteur retrouve ses esprits et les questions affluent. Les livres dont la fin vous font revivre l'histoire à l'envers ou vous laissent la continuer à votre guise ne me dérangent pas, au contraire, ils titillent agréablement notre frustration. Mais en l'espèce, Jacques EXPERT laisse beaucoup trop de questions sans réponse pour que cela fonctionne. "Non mais du coup...", "oui mais alors qu'est-ce qui..." ou encore "comment ça se fait que..."; autant d'exemples de ce qui m'est passé par la tête jusqu'à "pfff". On a surtout l'impression d'une fin brouillonne et que l'auteur n'a pas été jusqu'au bout de sa démarche, qu'il fallait bien finir le roman et tant pis si ca n'a aucun sens (parce que cette fin n'en a aucun!), que ça ne colle avec rien et qu'on a l'impression qu'on se moque un peu du lecteur maintenant qu'il a de toute façon lu le livre.

Dommage...

ANNE-CE

 

HORTENSE de Jacques EXPERT, paru aux Editions SONATINE en juin 2016 et aux Editions LE LIVRE DE POCHE en juin 2017