Juste-apres-la-vague

 

JUSTE APRES LA VAGUE est, pour les Cousines de lectures, une première rencontre avec la plume de Sandrine COLLETTE, grâce à BABELIO. Et quelle rencontre !

Les Cousines ont dévoré ce roman noir qui les a tenues en haleine tout en les faisant passer par une palette d’émotions plus fortes et plus intenses les unes que les autres.

Quelque part sur la Terre, un volcan en éruption a déchaîné la mer, et celle-ci a englouti le monde. Six jours après, Pata, Madie et leurs neuf enfants, qui n'ont survécu que grâce à leur maison en hauteur, voient l'eau qui les entoure monter inexorablement, les cernant chaque jour un peu plus. Il faut partir, sinon ils mourront noyés. Mais cela signifie qu'il va falloir choisir, car la barque ne pourra pas les contenir tous. "Choisir, c'est renoncer" a dit André GIDE. Ici, choisir c'est sacrifier. Alors lequel des deux parents sera le bourreau et désignera les victimes? 

 

L'AVIS DE MYMY

Sandrine COLLETTE revisite le thème du déluge en nous plongeant dans une histoire où l’eau est partout, menace  et monte sans cesse. Elle nous fait spectateur d’un cataclysme climatique qui met en scène une famille nombreuse, un peu marginale qui se retrouve isolée sur une montagne devenue île sans autre solution que de partir sur une petite embarcation de fortune pour survivre.

Et là, commence le drame du récit et pour moi, l’horreur… Oui, l’horreur de voir les parents choisir leurs enfants à sauver et ceux à sacrifier car l'embarcation est bien trop modeste. J’avoue, j’ai eu beaucoup de mal avec la psychologie des parents qui abandonnent une partie de leurs enfants pour mettre à l’abri les « mieux portants »  et c’est vrai que j’ai été en plein dilemme pendant toute ma lecture, à me questionner et à  me dire que non, décidément, je n’aurais pas agi de la sorte, qu’ils ne méritaient pas d’être parents, que la mère était faible et le père un vrai salaud. J’ai donc traîné cet arrière-goût au fil des pages et malgré celui-ci, emportée par ma frénésie, j’ai dévoré ce roman d’autant plus soucieuse du sort de chacun mais surtout évidemment de celui des enfants naufragés.

Le talent de Sandrine COLLETTE est tel qu’elle a réussi à me captiver alors que certains personnages principaux m’étaient antipathiques, j’ai mordu à l’hameçon de sa catastrophe diluvienne et je n’ai pas pu lâcher son livre. Et évidemment, j’ai repensé à ma terrible lecture du CHOIX DE SOPHIE de William STYRON dans lequel déjà un choix inhumain est imposé à la fameuse Sophie .

Alors, si votre petit cœur est bien accroché et que vous n’êtes pas phobique de l’eau, plongez-vous dans ce roman tragique et palpitant car Sandrine COLLETTE va vous embarquer !

 

 L'AVIS D'ANNE-CE

Confronter des gens ordinaires à des situations extraordinaires (et se confronter à ses propres phobies - celle de l'eau et de la fin du monde notamment - en malmenant ses personnages), c'est ce qu'affectionne Sandrine COLLETTE. Pousser l'humain dans ses retranchements et obliger le lecteur à se demander ce qu'il aurait fait, lui, à la place des protagonistes de l'histoire.

Avec JUSTE APRES LA VAGUE, cela fonctionne assurément. Pour avoir débattu férocement avec ma Cousine de lectures et échangé avec d'autres lecteurs lors de la soirée BABELIO au cours de laquelle nous avons rencontré l'auteur, j'ai constaté sans conteste les passions contraires déclenchées par ce roman. Personne n'avait le même avis mais celui de chacun était tranché, des décisions des personnages à la fin choisie par l'auteur, le débat fut vif, preuve que JUSTE APRES LA VAGUE est un livre qui n'a laissé personne indifférent et qui fait bien cogiter son lecteur.

Evidemment, le choix cornélien des parents, l'idée de devoir choisir entre ses enfants, est au coeur du livre et provoque une réaction assez épidermique. Cette réaction n'est pourtant jamais la même selon le lecteur. La plupart voueront le père aux gémonies pour avoir été celui qui va séparer la famille, la mère étant incapable de le faire... parce qu'une mère ne pourrait jamais faire ça à ses enfants. Cette vision simpliste m'a fortement agacée et j'ai eu un ressenti tout à fait différent : quel que soit son choix, le père, lui, a au moins le courage de le faire et de l'assumer, quand lâchement la mère lui abandonne cette responsabilité. D'autant que sans que je puisse en dire plus, elle finira elle-même par faire un choix tout aussi contestable que celui qu'on reproche au père! J'imagine que chacun réagit en fonction de sa situation personnelle et c'est souvent cela la force d'un bon roman, cette capacité à pouvoir parler aux lecteurs de tant de manières différentes.

Mais au-délà de cela, j'avoue que c'est aussi et surtout la solidarité des enfants sacrifiés que j'ai retenue, leur capacité à survivre et à surmonter l'épreuve. Ces enfants malmenés par la vie vont s'unir et faire de leurs handicaps des forces, se surpassant, transcendés par leur volonté de vivre. Déchirée par les parents, la famille reprend vie au travers des trois enfants laissés sur le bord du chemin, soudés plus que jamais.

Même la fin a divisé les lecteurs. Moi je l'ai trouvée parfaite, et évidemment vous n'en saurez rien, d'autant que comme me l'a demandé Sandrine COLETTE, j'ai promis de défendre ses fins "contre vents et marées".

 

JUSTE APRES LA VAGUE de Sandrine COLLETTE, paru aux Editions DENOEL dans la collection Sueurs froides en janvier 2018