La-mesange-et-l-ogree


L'actualité rattrape parfois - de plus en plus souvent - mes lectures. J'apprends ainsi que Michel FOURNIRET, l'Ogre des Ardennes, vient d'avouer deux nouveaux meurtres alors que je suis en pleine lecture de LA MESANGE ET L'OGRESSE, roman écrit à partir de l'affaire FOURNIRET. Ou plutôt de l'affaire Monique OLIVIER, puisque l'auteur a choisi d'étudier cette sombre tranche de l'actualité criminelle sous l'angle de celle qui fut la compagne du tueur en série.

26 juin 2003 : Louise LEMAIRE (identité modifiée), 13 ans, est agressée alors qu'elle rentre chez elle à pied. Au volant d'une camionnette, un homme grisonnant, barbe bien taillée, petites lunettes cerclées de métal, l'a fait monter dans son véhicule sous prétexte qu'elle lui indique son chemin. Elle réussit à sauter du véhicule et est recueillie par une automobiliste.

Deux narrateurs alternent au sein de LA MESANGE ET L'OGRESSE. D'abord le commissaire belge en charge de l'enquête FOURNIRET, qui a travaillé jour et nuit sur ce dossier, sentant tout de suite que l'agression qui a conduit à l'interpellation de FOURNIRET n'est que l'arbre qui cache la forêt. Ensuite Monique OLIVIER épouse FOURNIRET, luttant contre elle-même pour ne rien dévoiler des agissements coupables de son mari.

Bien évidemment, cette alternance donne du rythme, du souffle au récit, mais il traduit aussi le jeu du chat et de la souris auquel vont se livrer le flic et la femme du tueur au travers des cent vingt auditions auxquelles il la soumettra pendant l'année d'enquête.

Les passages narrés par Monique FOURNIRET sont parfaitement glaçants : son recul dénué de toute émotion sur les crimes de son mari, dont elle se souvient avec une précision et une froideur clinique, déroulant leur sombre litanie comme on réciterait une leçon, son absence totale d'empathie, sa volonté farouche de ne rien lâcher aux enquêteurs. Ceux narrés par le commissaire donnent une idée du travail d'enquête, de la persévérance et de la minutie qu'il a fallu aux enquêteurs belges pour parvenir à leurs fins. Pendant que la première se débat intérieurement, écrasée par le poids des questions auxquelles on la soumet sans relâche, le second écarte peu à peu le rideau derrière lequel Monique FOURNIRET se cache.

Monique OLIVIER n'est-elle que la femme frustre, peu cultivée, facilement manipulable, qu'elle donne à voir? A-t-elle subi les agissements criminels de son mari sans pouvoir s'y opposer, en étant finalement la première de sa longue liste de victimes, sa proie originelle? Ou au contraire en est-elle la complice voire même l'initiatrice? Mésange ou ogresse, Monique FOURNIRET?

Harold COBERT délivre au travers de ce roman un formidable travail d'enquête, fouillé et minutieux, auquel s'ajoute une fine analyse psychologique. Il réussit la prouesse, notamment en arrêtant le curseur sur celle qui est considérée - à tort? - comme le personnage secondaire du dossier, mais également en nous donnant l'impression d'intégrer ses pensées et sa lutte constante contre la pression policière, de réaliser un récit captivant dont on connaît pourtant déjà la fin. Le tout, sans jamais se départir d'une pudeur et d'un respect profond pour les victimes, sans jamais verser dans des détails sordides inutiles lorsqu'on évoque des faits réels.

La connaissance de cette affaire par les médias n'est rien à côté de celle que nous propose Harold COBERT. Je vous mets au défi de ne pas refermer ce livre sans ressentir un frisson glacé vous parcourir l'échine. Edifiant!

 

ANNE-CE

LA MESANGE ET L'OGRESSE d'Harold COBERT, paru aux Editions Points en setembre 2017