Roland-est-mort

 

Un titre - a priori pas super joyeux - sur une couverture rose bonbon; ce contraste avait tout pour attirer mon attention. Mais c'est qui ce Roland? Et puis mon intérêt a été détourné par tous ces thrillers dont le noir a absorbé le rose et finalement, il aura fallu plus d'un an pour que je résolve la mort de Roland. Attendre aura eu du bon puisque grâce à ma cousine de lectures, qui a rencontré l'auteur lors de l'inauguration de la librairie du Poussin, c'est un exemplaire dédicacé que j'ai entre les mains.

Alors l'histoire, c'est celle de Roland, qui est mort, et qui ne laisse derrière lui que sa passion pour Mireille MATHIEU et un caniche qui s'appelle... Mireille, forcément. Les pompiers emportent le corps mais pas le chien, qui est donc remis à la personne la plus proche de Roland au sens littéral du terme... son voisin. Celui qui sait à peine qui est Roland; celui qui ne s'est même pas aperçu que depuis une semaine il n'entendait plus Mireille MATHIEU à travers la cloison, trop occupé à regarder des films pornos à longueur de journée. Bien décidé à ne pas s'encombrer du caniche et à le refourguer au plus vite, le voisin part sur les traces de la vie de Roland pour trouver à qui refiler le bébé... enfin le chien.

Sous ses dehors de légèreté, ce livre nous parle d'un fléau des temps modernes, la solitude et l'isolement, de cette illusion du "vivre ensemble" qui peut exister dans un immeuble, de ces gens qu'on croise tous les jours et qui en étant si proches géographiquement, nous sont pourtant très éloignés. Cette solitude qui fait que Roland, mort depuis une semaine, n'a manqué et ne manquera à personne; il est mort seul et c'est uniquement son absence au travail qui aura alerté l'attention de quelqu'un.

Le personnage du voisin (qui n'a pas de prénom dans le livre, preuve supplémentaire de l'inconsistance de sa vie, comme s'il n'existait même pas?) m'a beaucoup plu. J'ai aimé son cynisme qui le dispute à sa culpabilité. Hors de question qu'il garde ce chien moche et puant... mais pas question de l'abondonner pour autant. Hors de question qu'il se sente redevable de quoi que ce soit envers ce voisin qu'il ne connaissait même pas...mais pas question d'oublier que peut-être, s'il avait été plus attentif, s'il avait remarqué qu'il n'entendait plus Mireille MATHIEU...

Le voisin finira par porter à la mort de Roland toute l'attention qui lui a fait défaut de son vivant. D'autant que la façon dont Roland a fini ses jours le renvoie à sa propre solitude, à son propre isolement. Lui qui à presque quarante ans, vient de se faire larguer, pointe à POLE EMPLOI, est fâché avec sa soeur et n'a pour seuls confidents que ceux avec lesquels il partage le comptoir du bar. Lui qui passe son temps entre boire des Campari et regarder des pornos. Subitement, il se prend en pleine figure la peur de finir comme Roland, seul et sans manquer à personne, surtout quand ses anciens amis lui renvoient leur parcours "mariage, enfants, poussette, porte-bébé et multispace", que sa grand-mère veut seulement savoir pourquoi il n'est pas marié et que lui se demande s'il a raté sa vie. 

Alors c'est sûr, j'aurais sans douté préféré une fin d'un rose un peu moins bonbon que celui de la couverture (l'amatrice de thrillers ne se refait pas) mais la conclusion reste très cohérente avec l'ensemble.

ROLAND EST MORT est un livre savoureux, drôlement, malicieusement grinçant et porteur d'un message. 

ANNE-CE

 

ROLAND EST MORT de Nicolas ROBIN, paru aux Editions ANNE CARRIERE le 17 mars 2016