La-fille-du-train

 

Oui, je sais, je suis pas en avance sur ce coup-là, vous avez certainement déjà tous lu ce livre qui depuis sa sortie a même eu le temps de se voir adapter au cinéma. Justement, j'ai parfois une certaine méfiance autour des livres dont on entend trop parler (voilà pourquoi je n'ai pas encore lu RAGDOLL de Daniel COLE), parce que souvent, à force d'entendre que c'est génial, j'en attends trop et je suis déçue.

Me voilà donc prête à découvrir LA fameuse FILLE DU TRAIN, en décalé mais avec le recul nécessaire, grâce à Emmanuelle qui me l'a prêtée, je m'en souviens bien, avec une petite moue tout en me disant qu'elle avait écourté sa nuit pour le finir.

Assurément, j'ai trouvé l'histoire originale : Rachel est une femme à la dérive; quittée par son mari, alcoolique, virée de son travail, il ne lui reste qu'une amie qui l'a pris en pitié et l'héberge, et auprès de qui elle donne le change en prenant le train tous les matins pour faire croire qu'elle se rend à son travail. Et chaque matin, chaque soir, elle regarde depuis le train la maison qui était la sienne autrefois et dans laquelle la nouvelle femme de son ex-mari pouponne, mais aussi celle de ce couple voisin qu'elle n'a pas connu mais qui représente tout ce qu'elle avait autrefois, ce couple modèle qu'elle a surnommé Jess et Jason. Elle observe leurs petits-déjeuners et leurs apéritifs, enlacés sur la terrasse; elle épie leur intérieur et s'invente leur vie, leur travail, leur quotidien. Rachel vit leur bonheur par procuration mais l'histoire de ce couple va brutalement rejoindre la sienne quand un matin, c'est un autre homme que Jason que Rachel voit Jess embrasser sur la terrasse... Quelques jours après, Rachel apprend par la une des journaux que Jess s'appelle en réalité Megan, et qu'elle est portée disparue. 

Alors en fait, je ne sais pas trop quoi vous dire. Il est incontestable que ce roman fonctionne avec une efficacité redoutable; j'ai tourné les pages avec avidité et j'avais vraiment envie de découvrir la fin. Pour autant, je n'arrive toujours pas à m'expliquer pourquoi. Paula HAWKINS est d'ailleurs très forte, parce qu'elle est arrivée à me passionner avec un personnage, celui de Rachel, qui est pourtant rebutant au possible; pitoyable, sans aucune dignité, sans aucune volonté, on a franchement du mal à s'identifier (ou alors on a un vrai problème) ou à s'attacher.

C'est vrai qu'il n'y pas réellement d'action dans ce livre, le suspense est uniquement psychologique mais pour autant, le rythme est donné par l'alternance entre les chapitres qui sont narrés tantôt par Rachel, tantôt par Anna la nouvelle épouse de son ex-mari, et enfin par Megan avant sa disparition. Grâce à cela, je n'ai pas trouvé pesante la césure qui est faite au sein de chaque journée sous la forme "train du matin/train du soir".

Ca, ça explique la nuit écourtée de l'amie qui m'a prêtée le livre, et je confirme un phénomène identique pour moi. Mais reste aussi la moue de mon amie, et ce sentiment que j'ai eu, à la fin de ma lecture, qu'on s'était un peu fichu de moi. Parce que la fin, cette fin après laquelle on court en dévorant les lignes, elle est d'une banalité affligeante, et forcément il y a un goût de "tout ça pour ça" qui s'installe. Une fin bien commune, mais aussi bien peu crédible, plein de questions sans réponse, et des incohérences qui se dessinent. En résumé, une certaine frustration, aussi liée au fait que le personnage de Megan aurait mérité davantage d'explications et d'approfondissements. En tout cas, je suis sûre que vous verrez ce que je veux dire, c'est le genre de fin qui vous oblige à refaire le livre à l'envers pour revenir à ces points qui du coup ne collent pas.

Alors bon, il ne faut pas oublier que c'est un premier livre, et franchement il y a du potentiel chez Paula HAWKINS. Mais j'aime pas du tout quand je finis un livre avec l'impression qu'on m'a piqué le bout du cône glacé où il y a le chocolat.

 

ANNE-CE

LA FILLE DU TRAIN de Paula HAWKINS, paru aux Editions POCKET en septembre 2016