American-girl

 

Comme je suis faible, j'engrange les conseils de lecture que l'on me donne alors que ma PAL occupe maintenant une double rangée dans ma bibliothèque... je me suis donc laissée convaincre quand Carine m'a suggéré AMERICAN GIRL.

C'était pourtant pas gagné au vu du titre et de l'histoire qui me l'auraient fait classer parmi les lectures pour ados (filles!) que je vois tourner sur les groupes de lectures.

AMERICAN GIRL nous parle d'Ani, jeune femme new-yorkaise hyper branchée (je sais, ce n'est plus du tout branché de dire "hyper"), la it-girl absolue, qui travaille pour la rubrique sexe d'un magazine féminin hyper (!) mode et va faire le mariage du siècle avec celui que toute habitante de la Grosse Pomme rêverait d'attraper.

Oui, je sais, ça donne pas envie. A ce stade, vous vous demandez ce qui m'a pris de lire ça, et vous craignez que je sois passée du côté obscur qui me fera bientôt chroniquer CINQUANTE NUANCES DE GREY...

Sauf que j'ai confiance en Carine, et qu'elle m'avait prévenue : "tu vas voir, au départ y a un petit côté SEX IN THE CITY...". Parfaitement exact; moi j'ai aussi eu l'impression de me retrouver dans LE DIABLE S'HABILLE EN PRADA...

Mais très vite, l'histoire nous fait saisir qu'il y a quelque chose derrière ce besoin irrépressible d'Ani d'être parfaite, cette volonté constante de maîtriser son image dans les moindres détails, cette caricature totalement lisse et superficielle. Une revanche sur son adolescence, marquée par un terrible évévenement survenu lorsqu'elle avait 14 ans, sur lequel un documentaire se prépare et que l'on va peu à peu découvrir puisque la jeune femme va être contrainte de se replonger dans l'horreur... enfin c'est ce que nous fait croire Jessica KNOLL. Quand on en est à se dire "Ah c'est ça, d'accord", on réalise soudainement qu'on a rien compris.

Jessica KNOLL, qui est elle-même rédactrice en chef à COSMOPOLITAN, délivre ici un premier roman qui réussit le tour de force d'être intrigant, le lecteur tenant absolument à découvrir ce qui a bien se passer dans la jeunesse d'Ani pour la transformer en cette peste antipathique qui fourre sous le nez de chacun l'énorme émeraude qui lui sert de bague de fiançailles. Et le lecteur n'est jamais au bout de ses surprises...

En alternant la vie actuelle d'Ani et celle de l'adolescente qui s'appelait encore TifAni, l'auteur fait monter la tension avec une écriture très moderne, et nous délivre le portait d'une adolescente tourmentée, bien plus profonde et complexe que la jeune femme écervélée qu'elle est aujourd'hui, ou qu'elle veut le paraître. Qu'a fait Ani de toutes les douleurs de TifAni, de ses complexes, de sa timidité? 

L'écriture de Jessica KNOLL décrit parfaitement les drames subis par la jeune fille, le récit passe du doré de la cage d'Ani au noir absolu de l'adolescence de TifAni avec une plume tranchante, sans concession. Elle interroge sans filtre sur la difficulté d'une victime à s'en voir reconnaître le statut, parfois dénié par les médias ou les proches, la culpabilité qu'elle peut parfois ressentir et les sentiments ambivalents qu'elle peut nourrir à l'encontre de son agresseur. Sans oublier la sensibililité exacerbée à l'époque de l'adolescence, ce sentiment que chacun danse au bord de l'abîme et joue avec le feu...

Difficile au vu de sa qualité de penser que c'est un premier roman; vraiment Jessica KNOLL a beaucoup de talent et son oeuvre, déroutante et originale, est déjà très aboutie.

A découvrir... et un grand merci à Carine!

 

ANNE-CE

AMERICAN GIRL de Jessica KNOLL, paru aux Editions ACTES SUD le 2 juin 2016