Nous avons eu le plaisir de prolonger notre découverte du dernier roman de Janis OTSIEMI, TU NE PERS RIEN POUR ATTENDRE, d'une rencontre avec l'auteur, animée par l'éditeur Marc FERNANDEZ, le 16 mars dans les locaux des Editions PLON.

 

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QUAND MYMY RENCONTRE JANIS OTSIEMI

Rencontrer un auteur dont on a lu l'ouvrage est souvent pour moi un moment fort et instructif qui permet d'avoir un éclairage plus précis du livre et de comprendre certaines clés qui m'auraient échappé.

Avec Janis OTSIEMI, cette rencontre s'est avérée très enrichissante et surtout très agréable car il est très spontané et convivial. Janis OTSIEMI se livre facilement et n'hésite pas à aller au-delà des thématiques de son livre pour nous faire comprendre les difficultés de son pays, les enjeux économiques et sociaux qui se jouent actuellement à LIBREVILLE.

Il a tout d'abord expliqué se nourrir des faits divers dont il peut lire les détails dans les journaux locaux pour alimenter ses intrigues et ses histoires. Bien souvent la réalité dépasse la fiction et les articles qu'il lit l'inspirent souvent largement pour construire ses récits.

Ensuite, Janis OTSIEMI n'hésite pas non plus à convoquer les croyances et la sorcellerie pour mettre en scène son histoire car en AFRIQUE il est courant d'avoir recours à ce genre de pratiques et elles font partie du quotidien. Si pour nous l'apparition d'un fantôme au cours du roman paraît rocambolesque ou incongrue, dans la culture africaine il n'est pas rare de convoquer les morts et les marabouts pour résoudre les problèmes ou se venger d'un ennemi. Janis OTSIEMI  s'appuie donc sur sa culture africaine, nous la fait partager et comprendre à travers son récit.

Enfin, par le biais de ses fictions, Janis OTSIEMI  tente à son échelle de dénoncer les trafics et autres corruptions qui pourrissent la société gabonaise. Il nous a expliqué prendre des risques mesurés mais il essaie de sensibiliser et d'interpeller le lecteur en mettant en évidence les acteurs de ce pourrissement.

Cette rencontre a donc été pour moi un moment d'échanges éclairants qui m'a permis d'aller bien plus loin dans la compréhension de la société gabonaise et plus largement dans une première approche de la littérature africaine.

L'ambiance et le discours en toute décontraction de Janis OTSIEMI  avec ses lecteurs et son éditeur Marc FERNANDEZ ont aussi largement contribué à faire de cette entrevue un moment sympathique et chaleureux. 

 

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QUAND ANNE-CE RENCONTRE JANIS OTSIEMI

C'est toujours très enrichissant et instructif de pouvoir littéralement aller au-délà du livre, de rencontrer celui ou celle dont est sortie l'histoire que l'on vient d'achever, d'apprendre pourquoi il a choisi ce sujet, comment il a travaillé et quel message il voulait délivrer aux lecteurs à travers lui. Ce faisant, on va souvent beaucoup plus loin que là où notre simple lecture nous avait conduit.

Cela a été particulièrement le cas avec Janis OTSIEMI. Je dois avouer en effet que j'en étais restée au premier degré de ma lecture et que je serais passée à côté de beaucoup de choses sans les explications de l'auteur, ou du moins je n'aurais fait que les effleurer.

Grâce à l'échange, j'ai pu approfondir les thèmes présents dans TU NE PERDS RIEN POUR ATTENDRE et beaucoup apprendre. En réalité, le contact avec Janis OTSIEMI s'est établi si facilement, et l'intérêt des lecteurs conviés à la rencontre s'est avéré si marqué, que le débat a souvent glissé en dehors du livre pour aller vers la personne de l'auteur lui-même et surtout la situation sociale et politique du GABON, où Janis OTSIEMI vit encore.

D'abord le surnaturel, les croyances, le rapport à la mort, la sorcellerie, point de départ de l'enquête que va devoir mener le policier Jean-Marc OSSAVOU. Janis OTSIEMI nous a expliqué qu'ils sont omniprésents au GABON et régissent le quotidien de ses habitants. Il nous a donné l'exemple d'une société où la notion de mérite est inexistante, si bien que les parents qui veulent voir leur enfant réussir un examen iront davantage consulter le marabout, prier les ancêtres ou agiter des fétiches, plutôt que de proner les révisions et le travail. De même, chaque décès trouve sa cause dans un envoûtement quelconque. Evidemment, pour nous occidentaux tout de même assez éloignés de ces croyances, c'est à la fois ahurissant et fascinant.

Ensuite le monde du jeu. Derrière le casino qui sert de cadre à l'enquête dans le roman, et la description de l'homme d'affaires corse qui le gère, Janis OTSIEMI a voulu expliquer comment les jeux d'argent, les paris ont gangréné toute la société gabonaise, du riche homme de pouvoir qui va misé des fortunes au modeste retraité qui y dilapide sa maigre pension. L'auteur parle ainsi d'"une machine à lessiver les gens".

Enfin, et c'est sans doute l'aspect qui m'avait le plus échappé, la route de la drogue. TU NE PERS RIEN POUR ATTENDRE aborde aussi cette conséquence de la lutte contre le terrorisme au SAHEL, qui a fait dévier le chemin de la drogue du MAGHREB à l'AFRIQUE DE L'OUEST.

On s'aperçoit ainsi que pour Janis OTSIEMI, et comme il nous l'a confirmé, l'écriture d'une intrigue est toujours un prétexte pour dénoncer les réalités de son pays, et faire ainsi preuve d'une liberté, d'un courage et d'une indépendance remarquables mais risqués. Pour reprendre sa très jolie formule, "l'AFRIQUE est un polar à ciel ouvert".

Je terminerai en ajoutant que j'ai également trouvé très intéressant que Janis OTSIEMI et Marc FERNANDEZ nous laissent un tout petit peu entrer dans la relation auteur/éditeur. C'était très drôle d'entendre Janis OTSIEMI raconter comment il marche sur des oeufs et teste son éditeur en lui envoyant son manuscrit au compte-gouttes, pour voir si ça mord; comment Marc FERNANDEZ s'est trouvé effrayé par l'idée du fantôme que son auteur lui annonce vouloir intégrer à son récit.

Enfin, j'ai adoré la façon dont Janis OTSIEMI parle de son nouveau personnage, le flic Jean-Marc OSSAVOU, comme s'il nous décrivait un copain. J'ai senti un certain attachement et qu'il s'était déjà bien approprié ce personnage annoncé comme récurrent.