Prendre-Gloria

 

Me voici de retour avec PRENDRE GLORIA, le second volet du diptyque PRENDRE FEMME écrit par Marie NEUSER.

Dans le premier, PRENDRE LILY (cf ma chronique du 4 décembre 2016), nous avions fait la connaissance de Damiano SOLIVO. En enquêtant sur lui en 2002 dans le cadre de la recherche du meurtrier de Lily, les enquêteurs avaient découvert qu'en 1993, SOLIVO avait déjà été soupçonné dans la disparition d'une adolescente, Gloria PRATS, sans que rien ne puisse être prouvé contre lui. PRENDRE GLORIA, sorti en second, revient sur cet épisode et évoque donc la genèse du fait divers qui a hanté l'ITALIE puis l'ANGLETERRE de 1993 à 2011 et qui a inspiré son dyptique à Marie NEUSER.

12 septembre 1993, un dimanche, Gloria PRATS entre dans l'église de la Miséricorde de la petite ville de P. en ITALIE. Elle n'en ressortira jamais. Gloria a tout simplement disparu. Il faudra attendre 2010 et le meurtre d'une certaine Lily, loin en ANGLETERRE, pour enfin apprendre ce qu'il est arrivé à Gloria.

Nécessairement puisqu'on en apprend déjà beaucoup dans PRENDRE LILY, il y a beaucoup moins de suspense dans PRENDRE GLORIA. L'idée ici n'est pas tant de savoir ce qui s'est passé mais comment cela a pu se passer, remonter l'histoire à l'envers et comprendre comment, pourquoi et à cause de qui un prédateur tel que le Damiano SOLIVO de PRENDRE LILY a pu naître et grandir en toute impunité. Qui l'a protégé et pourquoi, alors que tous les éléments menaient dès le début à lui?

PRENDRE GLORIA assemble toutes les pièces du puzzle avec un réalisme et un manichéisme d'autant plus glaçant qu'il s'agit d'une histoire vraie : les puissants - les hommes d'affaires, les hommes d'église, les hommes de loi - manoeuvrent tandis que les faibles, la famille de Gloria, se battent avec la seule force de leur amour, de leur conviction et de leur besoin de justice, pendant que sur l'autel de ce combat sont sacrifiés non seulement la vie mais également l'honneur et la dignité d'une jeune fille à qui on refuse même une mort décente.

Peu à peu, on comprend comment Damiano SOLIVO s'en est à chaque fois sorti. Comment il a été facile de dévier les pistes qui menaient à lui sur l'hypothèse de la jeune fugueuse délurée ou celle du petit ami, immigré albanais, étranger forcément suspect dans une petite communauté italienne si refermée sur elle-même. Comment on a fait taire ceux qui pouvaient trop en dire et parler ceux qui n'avaient rien à dire. Comment, en mettant SOLIVO systématiquement à l'abri de toutes les menaces, on a laissé grandir en lui un sentiment de toute puissance et la possibilité de développer ses déviances, et ainsi passer d'un simple fétichisme au meurtre, alors que des mesures auraient pu être prises si l'on n'avait pas, à chaque fois, ignorer et étouffer les signaux d'alerte apparus dès l'enfance.

L'alternance constante entre l'époque de la disparition de Gloria et celle d'aujourd'hui, les témoignages successifs de tous les protagonistes de l'affaire, qui expliquent a posteriori leur positionnement de l'époque, donnent du rythme au récit.

Le récit de cet épouvantable déni de Justice a provoqué chez moi un sentiment de colère et d'impuissance face au cynisme de ceux qui en sont responsables.

Je terminerai en vous disant que selon moi, il est essentiel de respecter l'ordre choisi par l'auteur et de ne lire PRENDRE GLORIA qu'après PRENDRE LILY.

Avec ce diptyque, Marie NEUSER propose deux livres très différents mais tous les deux intéressants à leur manière. PRENDRE LILY est une enquête, PRENDRE GLORIA est une analyse. Les deux sont instructifs et captivants.

 

ANNE-CE

PRENDRE GLORIA de Marie NEUSER paru aux Editions FLEUVE NOIR en janvier 2016