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CHANSON DOUCE est plébiscité par les médias et les libraires, et tout dernièrement, il a reçu le prix GONCOURT. Curieuses de se forger leur propre opinion, les Cousines ont décidé de se plonger avec attention et avidité dans la lecture de ce thriller psychologique et de croiser leur avis.

Myriam et son mari ont deux jeunes enfants dont elle s'est jusqu'à présent occupé. Avec les années, l'envie de reprendre une activité professionelle se fait sentir et malgré les réticences du papa, ils décident de prendre une nounou. Comme tous les jeunes parents, ils se mettent en quête de la nourrice idéale. Louise se présente, elle remplit tous les critères... et même plus encore. Elle est engagée. Au fil des mois, Louise s'impose comme la nounou parfaite, qui prend son rôle très à coeur, les enfants l'adorent. Mais Louise a une vie personnelle complexe et solitaire, elle présente des troubles psychologiques. Un certain malaise s'installe au sein de la famille car Louise devenue indispensable se comporte étrangement et se révèle perturbée. La nounou se sent persécutée, elle est parfois impulsive, elle sombre peu à peu dans la folie... jusqu'à commettre l'irréparable...et c'est par ça que le livre commence.

 

Le point de vue d'Anne-Cé

Je suis ressortie totalement perplexe de ma lecture, remplie d'incompréhension face à l'engouement qu'a suscité ce livre, et mon dépit n'a fait que croître lorsque j'ai appris qu'il remportait le prix GONCOURT.

A la base, choisir de commencer l'histoire par la fin n'est pas particulièrement original, sauf qu'ici il s'agit d'un dénouement tragique, brutal, qui touche des enfants, qu'il est asséné dès la première page, et que la confrontation de plain pied et sans élan dans l'affreux rend tout de suite le livre intéressant. Sur ce plan, ça fonctionne, parce qu'on a tout de suite envie de savoir ce qui s'est passé et comment on en est arrivé là. La curiosité grandit en même temps que le contraste entre l'idéal de nounou que représente Louise et le comble de l'horreur qu'elle a atteint. Sans qu'on puisse parler de suspense à proprement parler, j'ai donc effectivement avalé les pages, d'abord pour savoir ce que cachait le personnage de Louise, ensuite parce que je voulais, face à une lecture assez plate, enfin arriver au passage où je comprendrais pourquoi ce livre avait tant bouleversé les foules.

En vain que ce soit pour le premier ou le deuxième objectif.

L'histoire ne décolle jamais, l'écriture est très descriptive sans être particulièrement brillante. Pourtant, il y a de bonnes pistes dans ce roman, mais j'ai trouvé que l'auteur n'en avait rien fait. La suffisance de ces bourgeois qui confient leurs enfants à des femmes qu'ils méprisent, dont ils se refusent à connaître l'histoire personnelle pour maintenir une distance nécessaire, mais qui leur sont pourtant si indispensables au quotidien; la dépendance de ces femmes souvent esseulées, étranglées financièrement, parfois sans papiers et supportant toutes les humiliations; la culpabilité de la femme moderne qui "laisse" ses enfants à une autre pour aller travailler, sa jalousie envers une nounou qui a les faveurs de ses enfants...

Surtout, on referme  ce livre sans aucune réponse alors que c'est cette seule quête qui m'a fait aller jusqu'au bout de ma lecture. De ce fait, ce roman m'a paru sans intérêt, un sentiment de "tout ça pour ça" bien décevant. CHANSON DOUCE ne m'a strictement rien apporté. J'aime bien quand l'auteur me balade dans ma lecture, mais pas quand la promenade me fait tourner en rond et me donne le sentiment de m'être bien fait avoir. Ce qui est le cas. Je me suis laissée bernée par le matraquage médiatique autour de livre.

A l'avenir j'appliquerai cette règle d'or : si Gérard COLLARD a adoré, m'abstenir je dois... Il a en effet encensé CHANSON DOUCE qu'il voulait voir couronné par le GONCOURT, mais a dézingué L'INSOUCIANCE, à mon sens pourtant un livre bien plus courageux et bien plus profond...

 

Le point de vue de MYMY

Alors comment ai-je pu passer à côté de ce roman ??

Tout d'abord, je dois reconnaître que Leïla SLIMANI fait preuve d'une plume intelligente et incisive mais j'ai trouvé sa narration trop distante, très épurée et parfois trop "clinique". Le récit est narré telle une autopsie pratiquée par un médecin légiste, si bien que j'ai eu des difficultés à m'attacher aux personnages, même aux enfants; je me suis étonnée de ne ressentir aucune empathie pour eux. En fait, j'ai été dérangée par l'attitude des parents qui se reposent beaucoup (trop!) sur cette nounou fragile. Ils voient leurs intérêts sans se soucier de cette femme dévouée et si malheureuse.

Au fil du roman, la tension est grandissante si bien que celle-ci emporte l'intérêt du lecteur qui tourne frénétiquement les pages même s'il connaît dés les premières lignes l'issue de cette histoire contemporaine ancrée dans notre société actuelle. C'est d'ailleurs ce dernier élément et le sujet de cette nounou infanticide qui aiguisent la curiosité de chacun.

Alors oui, Leïla SLIMANI signe un roman certes efficace et populaire mais j'avoue avoir été déçue par le style auquel je n'ai pas accroché et malgré leurs malheurs, les personnages ne m'ont pas suffisamment émue ni touchée. J'aurais voulu finir en larmes...avec un thème pareil, j'étais la "bonne cliente .

Mais non, la froideur du récit n'a pas su m'emporter ni les protagonistes réellement me bouleverser .

Dommage.

 

CHANSON DOUCE de Leïla SLIMANI, paru aux Editions GALLIMARD le 18 août 2016