1540-1

 

Je découvre Jacques SAUSSEY avec L'ENFANT AUX YEUX D'EMERAUDE; il me l'a dédicacé à l'occasion de SAINT MAUR EN POCHE au mois de juin, espérant que ce serait pour moi "une belle et effrayante descente dans l'esprit malade de (mon) enfant aux yeux d'émeraude...".

David COURTY est un employé de bureau que rien ne distingue, qui n'est épanoui ni dans son travail, ni dans ses relations familiales, que ce soit avec sa femme ou avec sa fille. Après une violente altercation avec un de ses collègues et son patron, il prend la fuite et la police découvre alors qu'il laisse dans son sillage le cadavre de sa femme, et que sa fille adolescente a disparu. Dans le même temps, sa carte de visite est retrouvé dans l'appartement d'un homme sauvagement assassiné. Commence alors une traque qui s'avère d'autant plus délicate que les six premières années de la vie de David COURTY semblent n'avoir jamais existé.

Ne connaissant pas cet auteur, je m'attendais, je l'avoue, à un polar certainement efficace, mais classique et sans vraiment d'originalité. J'aurais dû me méfier mais finalement, je me félicite de ne pas l'avoir fait et de m'être plongée en toute confiance dans son livre; le coup de poing dans la figure - à ce stade croyez-moi on ne peut plus parler de claque - que l'auteur m'a asséné dès les premières pages n'en a été que plus efficace.

Le ton et le rythme sont donnés dès les premiers chapitres : c'est frénétique, tant physiquement dans la fuite de David COURTY, que dans sa tête. Ce sentiment est renforcé par l'alternance entre les chapitres : ceux où David COURTY est le narrateur de son présent, à la première personne du singulier, ceux où il est ce petit garçon qui nous raconte son sixième anniversaire et enfin ceux où il nous est décrit à la troisième personne. Petit à petit, on creuse l'enfance de ce personnage et on s'approche du point de rupture.

L'auteur nous balade à chaque instant. On comprend bien que quelque chose ne tourne pas rond avec le personnage de COURTY, avec cette voix dans sa tête, la façon dont ses collègues le regardent, l'absence de dialogue avec sa femme; on devine facilement pourquoi elle est incapable de communiquer avec lui. Mais pendant qu'on se croit malins, Jacques SAUSSEY nous entourloupe en détournant notre attention du reste, ces détails qui nous exploseront à la figure ensuite, il nous fait croire des choses avant de nous détromper et de nous retourner la tête à nouveau.

Assurémment, on est loin du polar classique. Les meurtres sont sanglants, violents, cruels (Jacques SAUSSEY a inventé la mort par casque à bigoudis...), le lecteur n'est pas épargné (et le pire c'est qu'il adore ça).

Le personnage de David COURTY est complexe et surprenant et quand la vérité de son histoire éclate, on en prend pour son grade, et j'ai eu l'impression d'entendre l'auteur me dire avec ironie : "Ah oui, un petit polar tranquille pépère?" Non, pas du tout, plutôt une "effrayante descente" dans les enfers que j'aime tant côtoyer tant qu'ils ne sortent pas des livres...

 

ANNE-CE

L'ENFANT AUX YEUX D'EMERAUDE de Jacques SAUSSEY, paru aux Editions LE LIVRE DE POCHE en avril 2015