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Je ne sais pas si vous aussi, parfois vous faîtes ça : acheter un livre que vous avez une furieuse envie de lire, mais le laisser mijoter dans votre bibliothèque, "laisser grandir le désir de lire" pour reprendre cette expression tirée d'un livre de Delphine DE VIGAN (UN SOIR DE DECEMBRE). Pour savoir que vous l'avez et conserver la promesse d'un moment de délice à venir, alors qu'une fois votre lecture terminée, cette belle perspective aura disparu. C'est exactement ce qui est arrivé avec LES FAUVES... mais quand j'ai rencontré Ingrid DESJOURS à SAINT MAUR EN POCHE le 18 juin, et qu'elle m'a dit que son prochain roman arriverait en octobre, je me suis dit que le moment était venu et qu'au pire, le manque serait de courte durée entre ma lecture de son roman LES FAUVES et celle du prochain.

Lars, soldat revenu d'AFGHANISTAN après avoir été un temps otage des talibans, s'est reconverti en garde du corps et se voit attribuer la protection d'Haïko, une jeune femme qui s'est donnée pour mission de détourner les jeunes de leurs envies de djihad et s'est en cela attirée les menaces de l'Etat islamique. Dès le départ, Lars et Haïko se jaugent et se toisent : l'un trouve sa cliente un peu arrogante et insouciante et la soupçonne de lui cacher quelque chose, l'autre n'a pas envie de s'encombrer de la présence d'un gorille et veut garder sa liberté. Mais la menace sur Haïko se fait plus pressante et chacun va devoir composer.

LES FAUVES est mon premier roman d'Ingrid DESJOURS. C'est assez rare que je vous parle des auteurs, mais Ingrid DESJOURS mérite une exception, ne serait-ce que pour l'accueil qu'elle a réservé aux Cousines lors du salon, et que je souhaite à tous de connaître avec un auteur. C'est marrant de rencontrer un écrivain dont on n'a rien lu (bah oui, puisque je vous ai expliqué que LES FAUVES mijotaient dans ma bibliothèque). Je savais donc qu'Ingrid DESJOURS est une femme pétillante, accessible, pleine d'humour... qui déteste les photos... je savais qu'elle écrit des romans à l'opposé de cette description... et j'ai appris, je l'avoue, avec la quatrième de couverture qu'elle est psychocriminologue : elle étudie la psychologie des criminels au sens large du terme.

C'est facile, une fois qu'on le sait, de dire que le métier d'Ingrid DESJOURS se ressent dans son écriture, mais c'est vrai. A mon avis, c'est parce qu'elle a cette expérience professionnelle qu'elle peut nous confronter à des personnages dont la personnalité est singulière et extrêmement fouillée, et nous donner cette impression d'être dans la tête de Lars ou dans celle d'Haïko.

L'écriture d'Ingrid DESJOURS est résolument moderne, rythmée, percutante.

Les incises faites à chaque début de chapitre, qui sortent du roman pour évoquer des élements tirés de la réalité d'une France confrontée au terrorisme depuis janvier 2015, ancrent l'histoire dans une vérité glaçante qui amène forcément à réfléchir et à mettre en perspective réalité et fiction...

Ingrid DESJOURS délivre un roman fort sur un sujet sensible; j'ai particulièrement apprécié qu'à travers une fiction, une histoire inventée, elle parvienne tout autant à nous divertir par une histoire très prenante qu'à nous faire réfléchir sur le contexte ambiant, et ce en présentant les choses subtilement, à travers ses personnages, de manière assez objective, en se gardant de donner des leçons, en adoptant différents points de vue.

Je me suis retrouvée heurtée, ébranlée dans ce que je croyais être des convictions si ce n'est des certitudes. Ce livre m'a donné l'impression qu'Ingrid DESJOURS avait mélangé tout ça, secoué fort et m'avait balancé le contenu du shaker à la figure en me disant "maintenant débrouille toi avec ça". 

La preuve qu'un bon livre peut vous faire pleurer, vous faire peur... ou vous mettre la tête à l'envers. Assurément, vous vous demanderez qui, dans cette histoire, sont véritablement les fauves...

 

ANNE-CE

LES FAUVES d'Ingrid DESJOURS, paru aux Editions ROBERT LAFFONT, Collection LA BETE NOIRE, en octobre 2015