9782742757909

 

Je n'aurais jamais été de moi-même vers cette littérature japonaise. C'est justement cela qui fait le plaisir et la richesse des lectures partagées : découvrir et faire découvrir ses bonheurs de lecture, alors un grand merci à Catherine pour m'avoir conseillé et prêté LE POIDS DES SECRETS d'Aki SHIMAZAKI, une pentalogie qui se décline en cinq volumes que sont TSUBAKI, HAMAGURI, TSUBAME, WASURENAGUSA et HOTARU.

J'avoue avoir eu du mal à accrocher avec le premier tome. Il faut dire que je sortais du dernier GRANGE, et le grand écart entre le style de l'auteur de CONGO REQUIEM et celui d'Aki SHIMAZAKI a nécessité un certain échauffement... Je trouvais l'écriture simple, voire simpliste. En réalité, c'est seulement avec le deuxième tome que j'ai vraiment commencé à apprécier le concept de la pentalogie : décliner tout au long des cinq tomes la même histoire, racontée à des époques et par des protagonistes différents.

Ainsi, TSUBAKI (camélia en japonais) raconte l'histoire de Yukiko, qui vient de mourir en laissant à sa fille une longue lettre, dans laquelle elle revient sur l'histoire familiale. Yukiko lui apprend ainsi que lors du bombardement de NAGASAKI, elle vivait avec ses parents, avec pour voisins la famille TAKAHASHI. Le couple avait un fils, Yukio, avec lequel elle a noué un amour adolescent...jusqu'à ce qu'elle découvre que son père a depuis longtemps une liaison avec Madame TAKAHASHI et que Yukio est son demi-frère. Le mensonge d'un père qui conduit Yukiko à utiliser ce cyanure que les japonais devaient avoir sur eux pour se suicider, plutôt que de connaître la honte d'être capturés par les américains.

HAMAGURI (palourde) raconte l'histoire de ces deux enfants qu'ont été Yukio et Yukiko avant d'être adolescents, de vivre en voisins à NAGASAKI et de tomber amoureux. Monsieur HORIBE, le père de Yukiko, a toujours voulu que sa fille et son fils caché se côtoient, les enfants ont grandi ensemble et se sont fait des promesses scellées dans des coquillages. Evidemment, quand ils se retrouvent une fois devenus grands, ils ne se reconnaissent pas mais ont pourtant cette indicible impression que quelque chose les lie. Yukio ignore que Yukiko est la petite fille avec laquelle il jouait et dont il a su depuis qu'elle est sa demie-soeur, et il ne l'apprendra qu'une fois devenu adulte, lorsqu'au seuil de sa vie sa mère lui remettra l'hamaguri dans lequel les enfants avaient scellé leurs rêves d'avenir.

TSUBAME (hirondelle) est écrit du point de vue de Mariko, la mère de Yukio. On y apprend comment elle a échappé au tremblement de terre de 1923, au cours duquel la petite coréenne qu'elle était est devenue japonaise pour survivre, chance que n'ont pas eu sa mère et son oncle. Recueillie dans un orphelinat, Mariko devra grandir avec ce lourd secret sur son identité et avec le poids de ses origines, car elle est une enfant naturelle, de père inconnu, "d'origine douteuse". L'histoire se répète lorsqu'elle tombe enceinte de Monsieur HORIBE, qui refusera de s'allier à une femme de si modeste condition et en épousera une autre, tout en continuant de faire d'elle sa maîtresse. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Monsieur TAKAHASHI, qui l'épousera et adoptera Yukio. C'est seulement une fois parvenue à la fin de sa vie que Mariko apprendra enfin le secret de ses origines, lorsqu'elle acceptera enfin son identité coréenne et lira le journal écrit dans cette langue par sa mère.

WASURENAGUSA (fleur de myosotis) donne la parole à Kenji TAKAHASHI, devenu le mari de Mariko et le père adoptif de Yukio. Seul héritier d'une illustre famille, très obéissant à ses parents, Kenji se découvre stérile et va se rebeller contre ses parents en épousant Mariko, considérée comme une honte pour la famille de par son statut d'orpheline et de mère célibataire. De son enfance, il ne conserve comme souvenir heureux que celui de Sono, sa nourrice, et c'est pour cela qu'il tente de la retrouver une fois devenu adulte. C'est au travers de cette quête qu'il découvrira le secret que ses parents ont toujours caché et comprendra le lien si fort qui l'unissait à Sono.

HOTARU (luciole) clôt la pentalogie. Dans ce dernier opus, Mariko TAKAHASHI, devenue grand-mère, va expliquer à sa petite-fille pourquoi les lucioles doivent faire attention à ne pas tomber dans l'eau sucrée, autrement dit pourquoi les jeunes filles naïves ne doivent pas se laisser endormir par les promesses empoisonnées d'hommes plus âgés et mariés. Mariko le sait bien, elle qui s'est si longtemps laissée manipuler par Monsieur HORIBE...

LE POIDS DES SECRETS propose ainsi une expérience très intéressante. L'écriture reste simple, et je comprends que cela pourra déranger; il faut se faire au style épuré et sans fioritures. Pourtant elle nous apprend beaucoup sur la culture japonaise, si éloignée de la nôtre. Surtout, la richesse de cette pentalogie réside vraiment dans la confrontation des points de vue des différents personnages, et des conséquences qu'ont les lourds secrets dans la construction d'une vie. On apprend ainsi que les secrets ont parfois été partagés sans que cela soit su.

Comme moi, laissez-vous tenter...

 

ANNE-CE

LE POIDS DES SECRETS d'Aki SHIMAZAKI paru aux Editions BABEL

TSUBAKI, Tome 1, paru en novembre 2005 - HAMAGURI, Tome 2, paru en janvier 2007 - TSUBAME, Tome 3, paru en novembre 2007 - WASURENAGUSA, Tome 4, paru en novembre 2008 - HOTARU, Tome 5, paru en août 2009