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Quand on entame la lecture d'un roman ou plutôt d'un polar de Caryl FEREY, on est certain que la lecture va être rock'n roll avec des rebondissements, des intrigues politico-judiciaires, de la violence brute, des personnages engagés et attachants... Et enfin, on sait que l'on s'embarque pour un voyage à l'autre bout du monde, au coeur de l'histoire et de ses protagonistes. CONDOR ne déroge pas à la régle, c'est un roman efficace en acier trempé...

Dans CONDOR, tout se passe au CHILI, de SANTIAGO au désert de l’ATACAMA. Gabriela, jeune Mapuche, tombe éperdument amoureuse d'un avocat nanti, défenseur des causes perdues. Elle lui demande de bien vouloir représenter la cause de parents déshérités dont les enfants sont mystérieusement morts dans des conditions suspectes. L'ami et associé de cet avocat est lui-même retrouvé mort à la suite de découvertes compromettantes. Dans l'entourage de ces personnages et autour de ces cadavres, gravite un groupe d'hommes au passé obscur de miliciens et de malfrats à la solde du pouvoir financier et politique.

Voilà le décor est planté et je n'en dévoile pas plus au risque de déflorer une partie de l'intrigue. D'ailleurs cette intrigue met du temps à s'installer dans ce dernier opus alors que dans les précédents romans de l'auteur, cela démarre presque toujours sur les chapeaux de roue. Mais pas de risque de s'ennuyer, l'enquête se poursuit à tombeau ouvert n'épargnant personne ni les bons ni les mauvais... Et c'est ce qui me plait chez Caryl FEREY, il maltraite ses héros qui gagnent en véracité et nous explique par le menu le pourquoi du comment, sans pratiquer de violence gratuite ni de scènes insoutenables sans raison. Tout s'imbrique et tient en éveil son lecteur de bout en bout.

Un roman de Caryl FEREY, c'est intense mais c'est aussi toujours une plongée dans les méandres d'un pays, d'une culture et d'une histoire. Cette fois-ci, il s'agit de la dictature, des soubresauts démocratiques, de la corruption et de la condition des minorités Mapuche au CHILI.

Gabriela et Esteban, les héros de ce roman, ont tous les deux un vécu cabossé et engagé aux antipodes l'un de l'autre. Gabriela aux origines Mapuche est considérée comme digne héritière de savoirs ancestraux et chamaniques, elle a choisi de vivre sa vie en toute indépendance loin des siens dans une société moderne, elle ambitionne de devenir vidéaste. Esteban est issu d'une famille connue et reconnue, à la fortune immense; il a décidé de tourner le dos à ce clan par conviction, il défend l'opprimé, il s'adonne à l'écriture et cherche à écrire le livre qui le consacrera. Ces deux fortes personnalités sont la colonne vertébrale de ce récit mais leurs soutiens et leurs amis contribuent également à démêler cette affaire aux nombreuses ramifications .

Moi, j'aime les polars de Caryl FEREY. Ils sont denses et percutants, certes violents; ils ont pour toile de fond une problématique géopolitique parfois complexe mais l'auteur nous donnent les clefs pour comprendre le propos, son intrigue est généralement sinueuse mais toujours très bien construite .

Encore une fois avec ce CONDOR, Caryl FEREY a su me procurer l'exaltation du lecteur qui essaie de comprendre, d'analyser et qui tourne les pages sans voir le temps passer... Ce fut une immersion totale en terre chilienne, des bas fonds de SANTIAGO aux grandes demeures bourgeoises de la capitale avec des héros fascinants et humains.

Et si jamais je ne vous ai pas convaincus par mon enthousiasme , laissez vous tenter par ZULU du même auteur, un chef d'oeuvre du genre ou alors sa saga Maori (HAKA puis UTU)... Pour moi MAPUCHE, son avant-dernier titre, est un cran en dessous....

 

MYMY

CONDOR de Caryl FEREY, paru aux Editions GALLIMARD le 17 mars 2016