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C'est un voyage à NAPLES en mai dernier qui m'a donné envie de découvrir cette ville et sa région, LA CAMPANIE, à travers un autre prisme : celui de la mafia.

J'avoue, pour moi, innocente  (!) et/ou inculte que je suis, la mafia relevait un peu du fantasme, de la légende, la jolie musique du film LE PARRAIN et les clichés habituels... Je n'avais à la base aucunement décidé de me pencher sur la question. Et puis, il y a eu tous ces portraits d'hommes, de femmes et d'enfants affichés sur la façace en travaux du PALAIS ROYAL, PIAZZA DEL PLEBISCITO, et cette mention : "aux victimes innocentes de la criminalité". Il y a eu cette réponse de notre chauffeur de taxi, interrogé sur ce que signifiaient ces portraits : "je ne sais pas". Et cette anecdote, racontée par notre guide français : quand quelques jours plus tôt, il avait interrogé ce même chauffeur de taxi sur la mafia, la réponse avait été : "PARIS aussi est une jolie ville".

Ma curiosité était déjà piquée, j'avais envie d'en savoir plus, et quand l'équipe de la série télé GOMORRA est venue tourner un épisode juste en bas de notre appartement, j'avais déjà décidé de me procurer, dès mon retour en FRANCE, le livre référence sur la mafia napolitaine : celui de Roberto SAVIANO.

Roberto SAVIANO est un journaliste et écrivain italien né à Naples en 1979 (la même année que moi, qui n'écrit que de petites chroniques sans prétention). Pour cet ouvrage, il a notamment reçu en 2011 le prix "PEN/Pinter International Writer of Courage Award" et en 2012 le prix "Giovanni FALCONE pour la Justice" (du nom du juge anti-mafia assassiné par la COSA NOSTRA, la mafia sicilienne, en 1992).

GOMORRA est donc centré sur la mafia napolitaine, la CAMORRA. Au départ, le récit m'a paru très ardu car Roberto SAVIANO le débute par une partie purement économique et commerciale, décrite de manière très technique. Mais j'ai persisté et j'ai bien fait car le livre devient très vite passionnant. Passionnant mais effrayant car on lit comme un polar ce qui est en fait une réalité décrite par l'auteur avec une précision sans concession. J'étais loin d'imaginer ça.

Roberto SAVIANO peint sa région d'origine comme gangrenée par les clans à tous les niveaux. "Le Système" est partout : drogue et  armes bien sûr mais  aussi entreprises de travaux publics, contrefaçon de vêtements et chaussures de luxe et traitement des déchets toxiques.

Il évoque les guerres des clans lorsque certains veulent prendre le pouvoir et bouleverser les hiérarchies : comment une jeune fille est torturée et brûlée juste parce qu'elle a été vue, il y a des mois, dans les bras du camorriste qu'on veut atteindre, comment on punit les traîtres en coupant les oreilles qui ont entendu, en énucléant les yeux qui ont vu, en arrachant la langue qui a parlé et en scellant la bouche d'une croix.

Le chapitre 5, sur la place des femmes, est édifiant : on y apprend sans surprise qu'en tant que chefs de clan, elles peuvent se révéler tout aussi impitoyables et assoiffées de pouvoir que les hommes, mais qu'à l'inverse de ces derniers, aucune femme dirigeante d'un clan ne s'est jamais repentie. Roberto SAVIANO y explique aussi comment marier un camorriste revient à décrocher le "gros lot" pour les jeunes filles : s'il est incarcéré ou s'il meurt, le clan lui versera une pension...

De la même manière est décrite la fascination des gamins qui voient les camorristes comme des héros dont ils rêvent de suivre les traces, que les clans arment dès leur adolescence et utilisent comme main-d'oeuvre.

On découvre que la CAMORRA est un machine implacable, que rien ni personne ne peut bouleverser. Roberto SAVIANO a grandi avec ça; il ne le sait que trop mais dénoncer devient pour lui une obssession : 

"Je voulais savoir si les sentiments humains pouvaient affronter une machine aussi puissante, s'il existait un quelconque moyen d'action, s'il y avait une solution pour échapper aux affaires, pour vivre en dehors des dynamiques de pouvoir. (...) Si l'on avait seulement le choix entre savoir et accepter la compromission, ou ignorer et donc vivre tranquillement. (...)

Je sais et j'ai les preuves. Et donc je raconte. Cette vérité."

Depuis la parution du livre en 2006 (en ITALIE, parution en FRANCE en 2007), Roberto SAVIANO vit sous protection policière permanente car sa tête a été mise à prix par les clans camorristes, comme cela a été confirmé par certains repentis et la découverte du projet de son assassinat par le clan CASALESI, famille évoquée dans GOMORRA. 

Quand on referme ce livre, on mesure tout le courage de Roberto SAVIANO et sa dernière phrase résonne longtemps : "Fils de pute, je suis encore vivant! ".

  

ANNE-CE

GOMORRA - DANS L'EMPIRE DE LA CAMORRA de Roberto SAVIANO paru aux Editions GALLIMARD en octobre 2007